dimanche 17 mai 2026

D'autres printemps

D'autres printemps,

Virginie Grimaldi,
Ed. Flammarion, 2026


Mot de l'éditeur :

Flora vient de voir son plus grand rêve s'effondrer. Pourtant, quand on l'appelle au chevet de sa grand-mère, elle envoie tout valser pour la retrouver.

À son arrivée, Line, quatre-vingt-dix printemps, a une requête des plus surprenantes : Flora doit l'arracher à l'hôpital pour la conduire dans un petit village de Toscane. Pourquoi là-bas ? Personne ne lui connaît d'attaches en Italie. Flora hésite, mais Line insiste : c'est sa dernière volonté.

Alors, au matin, elles fuguent. Embarquée dans un road trip insolite, Flora ignore la vraie raison de ce voyage et l'ampleur du secret qu'elle s'apprête à découvrir. L'une roule vers son passé, l'autre vers son avenir : grand-mère et petite-fille ont des choses à se dire.

Elles n'imaginent rien de ce qui les attend au bout du chemin, là où l'histoire a commencé.


Ma lecture :

Préparez les Spritz, les pastas et les mouchoirs : Virginie Grimaldi nous embarque pour un magnifique road trip au cœur de l’Italie et des liens familiaux.

Quand sa grand-mère Line, 90 ans, demande à Flora de l'enlever de sa maison de retraite pour l'emmener en Toscane, elle ne comprend pas sa lubie. Pourquoi l'Italie ? Line va tout lui expliquer, à commencer par son véritable prénom : Carmela.

Commence alors un road trip magnifique vers l'enfance secrète de la vieille femme, entre Méditerranée, secrets, deuils impossibles et rires. Elle n'a pas mis les pieds en Italie depuis près de soixante-dix ans, et revoir les lieux de son enfance l'émerveille autant que cela l'attriste. Il lui faudra bientôt pousser des portes, épaulée par sa petite-fille, et entendre des réponses. Que sont devenus sa mère et son petit frère Ezio ?

Flora découvre ainsi tout un pan de la vie de sa grand-mère et ses racines italiennes. Cela passe par les paysages, la gastronomie et des liens familiaux à recréer. La mémoire familiale se recompose sous nos yeux, comme les pièces d'un puzzle égaré depuis des décennies.

Mais ce voyage n’est pas seulement celui de Carmela. Parallèlement à ce road trip, Flora est en plein cheminement intérieur et fait face à un deuil symbolique : celui de devenir mère.

Nous ne sommes ni dans un drame italien ni dans une commedia dell’arte ; nous sommes dans un roman de Virginie Grimaldi, qui sait traiter avec pudeur et subtilité des thèmes difficiles, mais aussi alléger les émotions par un fou rire salvateur. Nous sommes alors attablés dans une trattoria italienne, où l'on rit et où l'on pleure en même temps, où le vin coule à flot sur des plats enivrants.

J’ai adoré ce road trip entre cette grand-mère et sa petite-fille, terriblement attachantes, ainsi que cette (re)découverte de l’Italie, entre souvenirs sépia et émerveillements colorés. Un roman lumineux sur les origines, les transmissions familiales et ces printemps que l’on croit perdus, mais qui finissent parfois par refleurir.

Et mention spéciale au Vivo per lei 🤗


mercredi 13 mai 2026

Le jardinier et la mort

Le jardinier et la mort,

Guéorgui Gospodinov,
Ed. Gallimard, 2025


Mot de l'éditeur :

C`est l`histoire d`un jardinier en Bulgarie, un homme né à la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui avait connu le communisme puis son effondrement. Un homme qui soignait son potager avec constance, qui guettait les bourgeons sur le point d`éclore, qui détachait délicatement des feuilles de menthe verte pour les disposer sur des tranches de tomates cueillies de sa main. Cet homme était le père du narrateur, qui vit un immense chagrin au moment de se retrouver orphelin. Comment dire à son père l`amour qu`on lui porte ? Comment devenir à son tour celui qui raconte les histoires et fait poindre de nouvelles racines ? 

Avec ce livre très attendu après Le pays du passé, Guéorgui Gospodinov nous invite à écouter la musique silencieuse de la pudeur des sentiments paternels et à observer quels sont les trésors véritables que l`on peut transmettre à son fils. Le grand écrivain bulgare nous offre le portrait délicat d`une relation à la fois unique et universelle, où les mots entrelacent l`amour et le souvenir, et continueront, comme les fleurs, de renaître à chaque printemps.


Ma lecture :

« Les fleurs ne sont-elles pas les périscopes secrets des morts qui gisent sous elles et observent le monde à travers leurs tiges ? »

dimanche 10 mai 2026

Nous irons mieux demain

Nous irons mieux demain,

Tatiana de Rosnay,
Ed. Robert Laffont, 2022


Mot de l'éditeur :

Mère célibataire de vingt-huit ans, ébranlée par le décès récent de son père, Candice Louradour mène une vie sans saveur. Un soir d’hiver pluvieux, à Paris, elle est témoin d’un accident de la circulation. Une femme est renversée et grièvement blessée.

Bouleversée, Candice lui porte assistance, puis se rend à son chevet à l’hôpital. Petit à petit, la jeune ingénieure du son et la convalescente se lient d’amitié.

Jusqu’au jour où Dominique demande à Candice de pénétrer dans son appartement pour y récupérer quelques affaires.

Dès lors, tout va basculer…

Pourquoi Candice a-t-elle envie de fouiller l’intimité d’une existence dont elle ne sait finalement rien ? Et qui est cette Dominique Marquisan, la cinquantaine élégante, si solitaire et énigmatique ?

Nous irons mieux demain retrace le chemin d’une femme fragile vers l’acceptation de soi, vers sa liberté. Il fait aussi écho aux derniers mots d’Émile Zola, le passager clandestin de cette histoire.


Dealer : Boîte à livres


Ma lecture :

Nous irons mieux demain, le genre de roman que l'on n'a pas envie de terminer, bercés par l'écriture élégante de Tatiana de Rosnay et intimidés par les secrets qu'on pourrait découvrir...

À Paris, Candice, jeune trentenaire, est témoin de l'accident de Dominique : un chauffard vient de la renverser. Elle va perdre sa jambe. Bouleversée par cette scène, la jeune femme s'approche de la victime et la suit jusqu'à l'hôpital. Entre Candice et la cinquantenaire va naître une amitié rare, bientôt dangereuse lorsque Dominique lui demandera d'aller dans son appartement récupérer quelques affaires pour sa convalescence. La jeune femme, pénétrant dans l'antre de sa nouvelle amie, va y découvrir des secrets bien gardés...

J'ai beaucoup, beaucoup, aimé ce roman. L'intrigue se tisse au fil des pages, au fil de ce que l'on apprend sur les failles des personnages. Candice, mère célibataire, souffre de troubles alimentaires depuis son adolescence et a toujours réussi à ignorer et dissimuler ce problème. Elle va aussi découvrir un secret autour de son père, décédé un an plus tôt. Et c'est dans ce trouble émotionnel que Dominique va s'engouffrer. Elle va combler les brèches en apportant, à son tour, un soutien à la jeune femme. Un soutien qui devient obsession puis maniplation.

Il y a donc les secrets et les failles des personnages.
Et un fil rouge : Émile Zola, cher à l'autrice. Zola est présent dans les murs, les lettres, les romans que Dominique fait découvrir à Candice.

Un roman bien ficelé : Tatiana de Rosnay nous prend par la main et nous emmène avec elle dans les rues de Paris et dans l'intimité de deux femmes en proie à leurs secrets et à leurs failles. L'écriture sensible et élégante de l'autrice nous transporte facilement d'une rive à l'autre.

Un coup de cœur, assurément !

mercredi 6 mai 2026

Jour de ressac

Jour de ressac,

Maylis de Kerangal, 
Ed. Gallimard, 2024


Mot de l'éditeur :

"Finalement, il vous dit quelque chose, notre homme ? Nous arrivions à hauteur de Gonfreville-l'Orcher, la raffinerie sortait de terre, indéchiffrable et nébuleuse, façon Gotham City, une autre ville derrière la ville, j'ai baissé ma vitre et inhalé longuement, le nez orienté vers les tours de distillation, vers ce Meccano démentiel. L'étrange puanteur s'engouffrait dans la voiture, mélange d'hydrocarbures, de sel et de poudre. Il m'a intimé de refermer, avant de m'interroger de nouveau, pourquoi avais-je finalement demandé à voir le corps ? C'est que vous y avez repensé, c'est que quelque chose a dû vous revenir. Oui, j'y avais repensé. Qu'est-ce qu'il s'imaginait. Je n'avais pratiquement fait que penser à ça depuis ce matin, mais y penser avait fini par prendre la forme d'une ville, d'un premier amour, la forme d'un porte-conteneurs."


Dealer : Livres in room, Saint-Pol-de-Léon (29)


Ma lecture : 

J'ai demandé à ma libraire un livre de poche avec une belle écriture : elle m'a tendu Jour de ressac et m'a offert une déambulation fantomatique au cœur du Havre. 

mardi 5 mai 2026

Qui a volé mes jambes ?

Qui a volé mes jambes ?

Jonathan Lambert,
Ed. Seuil, 2026


Mot de l'éditeur :

Vincent Moltenne, comptable aux cheveux gras et à l'imperméable en Tergal, mène une vie paisible avec une paire de jambes de mannequin. Ensemble, ils s'adonnent à des séances photos coquines en hommage au photographe surréaliste Pierre Molinier, connu pour ses photomontages érotiques. Une vie de couple somme toute ordinaire, jusqu'à ce que les jambes disparaissent. Qui a bien pu les voler? Et comment survivre quand on vous retire votre moitié? Vincent Moltenne enquête, aidé d'un commissaire corse retiré des affaires depuis qu'il est cloué dans son fauteuil roulant. Les cadavres s'accumulent et une série d'indices troublants les mèneront jusqu'au final aux multiples rebondissements.

Dans ce roman-photo à l'humour "lambertien", des invités qui sont autant d'amis viennent faire un clin d'oeil: Fred Testot, Valérie Lemercier, Vincent Dedienne, Kyan Khojandi, Thaïs Vauquières, Nadia Roz, Lilou Fogli, et quelques surprises...


Dealer : Livres in Room, Saint-Pol-de-Léon (29)


Ma lecture :

Après les succès de Guacamole Vaudou ou  de Couple, les éditions du Seuil n'en finissent plus de dépoussiérer le roman photo !

Qui a volé mes jambes ? 

lundi 4 mai 2026

Les deux soeurs

Les deux sœurs,

Cathy Bonidan,
Ed. La Martinière, 2025


Mot de l'éditeur :

Depuis son plus jeune âge, Barbara prend soin de sa sœur Edwige, dont l’enfance traumatisée ne cesse de la poursuivre – au point de mettre de côté sa propre vie. Jusqu’au jour où les deux sœurs quittent leur Normandie natale pour le petit village de Sainte-Colombe, dans les Hautes-Alpes.

Au creux des montagnes, elles prennent un nouveau départ : Edwige est accueillie à bras ouverts, se passionne pour l’écriture et, bientôt, son état psychologique se stabilise. Barbara, quant à elle, tisse de nouvelles amitiés. Soutenues par leur tante et la petite communauté, les deux sœurs tentent de se reconstruire. Mais le passé d’Edwige n’a pas fini de se rappeler à elles. Barbara, tiraillée entre le besoin de protéger sa sœur et son propre désir d’indépendance, doit faire face à des choix difficiles.

Entre les liens indéfectibles de deux sœurs et les mystères d’un village montagnard, Cathy Bonidan explore, avec une justesse rare, les liens familiaux et la résilience face à l’adversité et aux secrets familiaux, dans un cadre aussi chaleureux qu’intrigant.


Ma lecture : 

Et si vos souvenirs vous mentaient… jusqu’à vous détruire ?

À cœur de la montagne, deux sœurs vont devoir faire face à leurs secrets… 

samedi 2 mai 2026

Comment se débarrasser de ses enfants

Comment se débarrasser de ses enfants,

Michaël Escoffier & Amandine Piu, 
Ed. Balivernes, 2026


Mot de l'éditeur :

Inutile de se mentir : on aime tous nos enfants. Mais il faut bien reconnaître que, parfois, les enfants, c’est fatigant. Ça court partout, ça crie, ça bave, ça ne sait rien faire tout seul et ça se croit tout permis. De quoi se retrouver rapidement au bout du rouleau... Rassurez-vous : il existe des solutions pour retrouver un peu de calme à la maison. Avec un humour noir jubilatoire et des situations absurdes illustrées avec brio, Michaël Escoffier et Amandine Piu signent un faux guide parental hilarant, proposant différentes méthodes délicieusement improbables pour "se débarrasser" de ses chers petits. Un album qui détourne les codes de l’éducation, à lire à voix haute... ou à glisser dans le placard, juste à côté du chocolat.


Dealer : SP Balivernes, merci !


Ma lecture : 

Comment se débarrasser de ses enfants

Gnark, gnark, gnark ! 

mercredi 29 avril 2026

Ne lisez pas ce livre à vos enfants

Ne lisez pas ce livre à vos enfants,

Olivier Dupin & Marylia Greusard,
Ed. Frimousse, 2025


Mot de l'éditeur :

Un livre qui fait vraiment peur !

Avertissement de l'auteur : Cette histoire est déconseillée aux enfants peureux et aux adultes froussards, car elle est vraiment effrayante. Même si vous êtes courageux, elle vous empêchera probablement de dormir. Il est sûr et certain que l'enfant à qui vous lirez ce livre va trembler, hurler de terreur, voire s'évanouir. Je vous avoue que même moi, en écrivant ces mots, je frissonne.


Dealer : Masse Critique Babelio --> Merci !


Ma lecture :

J'ai eu la frayeur de recevoir cet album dans le cadre des Masses Critiques de Babelio.
Je me suis dit, mais, diantre, nous ne sommes pas en Automne, il est trop tôt pour faire peur aux enfants.
Puis je me suis ravisée : il n'est jamais trop tôt pour faire aux enfants, gnark, gnark, gnark ! 

lundi 27 avril 2026

Les cinq ami.e.s l'échappent belle in extremis

Les cinq ami.e.s l'échappent belle in extremis
Fabcaro,
Ed. 6 pieds sous terre, 2026


Mot de l'éditeur :

C’est enfin les vacances d’été ! Nos cinq ami·e·s vont enfin pouvoir en profiter pour se détendre un peu ! C’est sans compter, hélas, sur un événement inattendu : on a dérobé un dossier de la plus haute importance dans le bureau de Charles Barral ! Tout ceci est bien mystérieux… Les Roumains que nos ami·e·s ont croisés sur la plage n’y seraient-ils pas pour rien ?... Voilà une nouvelle enquête palpitante qui s’annonce pour nos cinq ami·e·s !


Dealer : Cultura Brest


Ma lecture :

Après Astérix, Fabcaro s'amuse avec une bande culte de notre enfance, Le club des 5. Et c'est jubilatoire ! 

 Les cinq ami.e.s l'échappent belle in extremis ☆ 

dimanche 26 avril 2026

Sophie L

Sophie L,

Matthew Blake,
Ed. Buchet-Chastel, 2025


Mot de l'éditeur :

Et si tout ce qu’on m’avait raconté sur le passe de ma famille était faux ?

Experte sur la question de la mémoire, Olivia Finn travaille dans un hôpital londonien. Une nuit, elle est tirée de son sommeil par un appel de la police : sa grand-mère française, Joséphine Benoît, s’est rendue à l’hôtel Lutetia pour s’accuser d’un meurtre à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Inquiète, Olivia se rend à Paris, où elle découvre une femme confuse mais résolue. Joséphine est convaincue qu’il s’agit d’un souvenir longtemps enfoui, et les archives de l’hôtel confirment qu’en 1945, Sophie Leclerc a bien trouvé la mort dans la chambre 11 du Lutetia. Qui était Sophie ? Joséphine dit-elle la vérité ?

Alors qu’Olivia tente de démêler le vrai du faux, le passé semble se confondre avec le présent. Quand d’autres meurtres surviennent, elle devient proie autant qu’en enquêtrice.

Entre fantômes de guerre, secrets de famille et mémoire piégée, Sophie L nous prouve que notre cerveau peut nous jouer bien des tours – et qu’un souvenir peut être fatal.


Dealer : Club de lecture


Ma lecture :

Et si vos souvenirs n’étaient pas la vérité… mais une histoire que vous vous racontez pour survivre ?

Un roman vertigineux sur la mémoire et la véracité des souvenirs sous fond de Seconde Guerre mondiale. 

vendredi 24 avril 2026

Au cœur de la tourmente

Au cœur de la tourmente,

Bérénice Vessot,
Auto-édition, 2026


Mot de l'éditeur :

Céleste a fait un choix. Celui de privilégier sa carrière pendant cinq ans, même au détriment de sa vie personnelle. Cinq ans à exercer en tant que députée, à s’exposer, par volonté de faire bouger les choses. Son couple s’effondre, elle n’a plus une minute pour elle, mais abandonner n’est pas une option. 

Cependant, tout bascule lorsqu'un homme commence à la suivre. Un inconnu, dont les intentions sont aussi mystérieuses qu'inquiétantes. Il est toujours là, où qu’elle soit, et semble anticiper ses moindres déplacements. Mais ce n’est pas tout : des événements inexplicables se produisent. Comment a-t-il pu accéder à ses mails, supprimer certaines preuves, et s’introduire chez elle ?
Alors qu’elle est une figure majeure de la scène politique, Céleste se sent plus menacée que jamais.
Seulement, il est presque impossible de combattre un ennemi qu’on ne parvient pas à identifier…



Dealer : SP de Bérénice Vessot


Ma lecture :

J’ai rencontré Bérénice Vessot lors d’un salon du livre à Morlaix. Nous avons échangé quelques mots avant de finir par troquer nos romans. Je suis repartie avec L’œuvre de sa vie sous le bras, et elle avec Et garder ta mémoire. Quelques jours plus tard, elle m’a proposé de participer à la sortie de son tout nouveau roman : Au cœur de la tourmente.

Le roman s’ouvre sur le quotidien de Céleste et Anthony, un couple de trentenaires. Céleste s’apprête à repartir quelques jours pour le travail : elle est députée et partage sa vie entre Paris et la campagne lyonnaise. Ce rythme éreintant et cet engagement chronophage fragilisent peu à peu son couple. Accaparée par les débats de l’Assemblée nationale, sa vie privée s’étiole.

Mais ses problèmes ne s’arrêtent pas là. Céleste remarque qu’un homme la suit dans le métro. Être interpellée par des citoyens n’est pas rare pour une députée, mais cette présence insistante l’inquiète. D’autant plus qu’elle recroise cet homme à plusieurs reprises, reconnaissable à ses baskets aux semelles jaunes fluos.

Très vite, les événements étranges se multiplient : la webcam de son ordinateur qui s’allume seule, des bruits de porte, des appels masqués, un mot laissé sur le miroir de la salle de bain… Céleste perd pied. Elle panique, porte plainte, mais se heurte à des enquêtes bâclées et classées sans suite. Qui lui veut du mal, et pourquoi ? S’agit-il de ce député d’extrême droite connu pour ses propos haineux ? Ou de son collègue Guillem, qui a accès à toutes ses données ?

Avec ce roman, Bérénice Vessot livre un thriller psychologique efficace, où le personnage comme le lecteur perdent peu à peu leurs repères. Dans quelle tourmente Céleste est-elle entraînée ? Et pourquoi certains messages disparaissent-ils mystérieusement ?

J’ai particulièrement apprécié l’immersion dans la vie des députés, un sujet rarement abordé dans les romans. Les thèmes secondaires, des violences faites aux femmes à l’érosion du couple face aux exigences professionnelles, enrichissent l’intrigue et donnent au personnage de Céleste une vraie profondeur.

Bref, un thriller qui mêle politique, tension psychologique et paranoïa… impossible de ne pas tourner les pages.


mercredi 22 avril 2026

Le barbier et le nazi

Le barbier et le nazi,

Edgar Hilsenrath,
Ed. Attila, 2010
(Première publication américaine : 1971)


Mot de l'éditeur :

C'est mon histoire. Moi, Itzig Finkelstein alias Max Schulz, fils bâtard mais aryen pure souche, génocidaire nazi reconverti. En Juif, plus précisément. Une métamorphose. Un SS devenu barbier, en Israël ! Et sioniste fanatique par-dessus le marché. Ouais, installé en Terre promise comme chez moi, combattant pour la liberté du peuple élu. Voilà l'affaire. Mais laissez-moi vous raconter en détail.


Ma lecture :

L’histoire folle d’un bourreau nazi reconverti en barbier juif pour sauver sa peau. 

mercredi 15 avril 2026

L'art perdu du secret

L'art perdu du secret,

Juliette Adam,
Ed. Phébus, 2026


Mot de l'éditeur :

À quel point est-on prêt à mentir pour rendre heureux ceux qu’on aime ? Une histoire de famille, de mensonges et d’amour.

Dix ans jour pour jour après la mystérieuse disparition de son fils, Hélène croise la route d’un garçon qui lui ressemble à s’y méprendre. Elle a besoin de croire qu’il peut revenir, qu’il peut sauver sa famille de ce deuil impossible. Et Liam, ce jeune homme à l’existence cabossée, n’a rien à perdre. Alors, quand il propose de jouer les remplaçants, contre toute attente, elle accepte. C’est le début d’une trahison générale, d’un petit théâtre de l’intime où chacun exécute sa partition, ignorant celle de l’autre. Qui trompe qui ? Et surtout : pourquoi ? On le comprendra au fil d’un récit émouvant et cruel où sont abordés, dans le désordre : les secrets, la famille et nos fêlures.


Dealer : Livres in room, Saint-Pol-de-Léon (29)


Ma lecture :

Juliette Adam signe un roman vertigineux où mensonges et trahisons ne sont pas toujours ceux qu'on croit...   

vendredi 10 avril 2026

Le secret des Agapanthes

Le secret des Agapanthes,

T3 : Morgane et Juliette,
Clarisse Sabard,
Ed. Charleston, 2026


Mot de l'éditeur :

La magistrale saga des Agapanthes continue !

Après avoir mis sa vie entre parenthèses plusieurs mois pour s’occuper de son frère malade, Morgane est de retour aux Agapanthes, la villa normande dont elle a hérité avec ses cousines.

Alors qu’elle se bat pour sauver la librairie familiale située dans le village, un mystérieux paquet déposé devant sa porte vient bouleverser tous ses plans. À l’intérieur, une lettre, un kaléidoscope et une photo trouvée dans un livre pour enfants la poussent à enquêter sur le passé de sa grand-mère Juliette. Pourquoi ne lui a-t-elle jamais parlé de son voyage à Cuba à la fin des années 1930 ? Ni de son rôle pendant l’Occupation allemande, en Normandie, qui lui a permis de rencontrer Marceau, son grand amour ? Discrète et courageuse, Juliette semble avoir minutieusement entretenu son jardin secret.

Morgane arrivera-t-elle à percer tous ses mystères ?


Dealer : Livres in room, Saint-Pol-de-Léon


Ma lecture :

Et si vous héritiez d'une maison et de ses secrets ?
De l'aventure, de l'amour, des secrets, des rebondissements : bienvenue à la Villa des Agapanthes !

Quel plaisir de retrouver les Agapanthes, la maison du peintre Guillaume Verney, dont hérite ses trois petites-filles nées de ses trois filles : Flora, Stella, et Morgane.
Ce troisième tome est consacré à Morgane et sa défunte grand-mère, Juliette.

Sous la fluide fluide et teintée d'émotions de Clarisse Sabard, nous voilà embarquée dans l'histoire de Juliette, du Cuba des années 30 à l'Occupation allemande en Normandie, où se situe la villa des Agapanthes. Adolescente passionnée de lecture, elle rencontre Ernest Hemingway, ami de la famille. C'est lui qui l'invite, avec sa mère, à Cuba où elle rencontre Pedro. Un baiser échangé fera de lui son premier amour, celui qu'on n'oublie jamais, celui qui reste dans les rêves. Son retour en Normandie est bouleversé par la guerre qui s'annonce. Bientôt, le village est occupé par les Allemands. La Résistance s'organise et la voilà happée, avec ses amis, dans ce mouvement citoyen. Dans la liesse de la Libération, elle finira par accepter d'épouser le tendre Marceau, compagnon résistant. En filigrane, revient toujours la fantomatique Eleanor dont son père a réalisé des portraits. Ils portent un secret, mais lequel ?

Deux générations plus tard, c'est au tour de Morgane de dénouer les fils du passé familial et de percer les mystères laissés par sa grand-mère. Au fil de lettres, elle va découvrir un passé romanesque dont elle ne se doutait pas et assembler les morceaux du puzzle.

Les deux parties, passé et présent, sont aussi passionnantes l'une que l'autre, et j'ai pris beaucoup de plaisir à me plonger dans l'histoire de Juliette et dans la quête de Morgane. Chaque partie a un style d'écriture propre, plus soutenu dans le passé, plus enjoué dans le présent.
J'ai beaucoup aimé les histoires d'amours naissantes, mais aussi les thèmes plus sérieux comme la toxicomanie.

Au-delà de la valeur immobilière de la maison et des tableaux de Verney à découvrir, c'est surtout un héritage familial romanesque, digne d'une saga de Clarisse Sabard, qu'il incombe à Morgane et ses cousines de mettre à jour. Ah ben...nous y sommes, justement, dans une saga de Clarisse Sabard !
Merci pour cette aventure riche en émotions et en rebondissements !


jeudi 2 avril 2026

Bien-être

Bien-être,

Nathan Hill,
Gallimard, 2024


Mot de l'éditeur :

À l’aube des années 1990 à Chicago, en pleine bohème artistique, un homme et une femme vivent l’un en face de l’autre et s’épient en cachette. Rien ne semble les relier — elle est étudiante en psychologie, lui photographe rebelle. Mais lorsqu’ils se rencontrent enfin, le charme opère et l’histoire d’amour démarre aussitôt entre Elizabeth et Jack. Ils ont la vie devant eux et, même si leurs rêves et leurs milieux divergent, ils sont convaincus que leur amour résistera à l’épreuve du temps.

Mais qu’en est-il vingt ans plus tard ? Une fois que le couple s’est embourgeoisé, qu’il se débat avec un fils tyrannique, que le désir s’éteint à petit feu et que les rêves s’oublient ? L’achat d’un appartement sur plan devient alors le révélateur de tous les désaccords entre Elizabeth et Jack. Au fond, étaient-ils faits l’un pour l’autre ?

Bâti avec de malicieux va-et-vient dans le temps, Bien-être est la fresque épatante d’un amour dont le décor, Chicago, perd son âme à mesure que les sentiments s’abîment. Nathan Hill y décortique le couple et l’état de la middle class avec un panache, une ingéniosité et un humour irrésistibles. Du grand roman américain au souffle palpitant.


Ma lecture : 

Et si le coup de foudre n’était pas le début de l’amour… mais le début de son illusion ?

Jack et Elizabeth ont quitté leurs campagnes profondes pour l'effervescence des universités de Chicago. Là où tout est possible, là où chacun peut se réaliser. Ils habitent dans deux immeubles, l'un en face de l'autre, dans un quartier bohème. Il étudie la photographie, elle étudie la psychologie et se révèle une véritable touche-à-tout. À travers leurs fenêtres, ils s'observent. Et lors d'un concert en bas de chez eux, c'est le coup de foudre. Le coup de foudre comme dans les romans. Un regard, et bim.

Quelques années plus tard, les voilà mariés et parents d'un enfant plutôt difficile, Toby. Ils sont sur le point de quitter leur appartement de location pour acheter "l'appartement de leur vie". Et les aspirations dissonent. S'aiment-ils toujours ? Le mariage est-il un placebo cachant les fêlures intérieures de chacun ? Le coup de foudre n'est-il qu'un mythe ?

Jonathan Hill triture le couple avec une plume aussi aiguisée qu'un bistouri. Il remonte dans le passé de Jack et Elizabeth, fait ressurgir leurs démons et étudie la notion d'amour à travers ce couple devenu bancal et claudiquant. 

Je lis peu de romans américains et celui-ci est grand et dense. Il explore la société américaine à travers ce couple : l'amour, la famille, l'identité, la parentalité, les transmissions tues, la transhumance, ... D'un chapitre à l'autre, on passe d'un personnage à l'autre, d'une époque à l'autre. D'un épisode à l'autre, comme dans une série vertigineuse où les personnages finissent par nous en apprendre sur nous-même. De la tendresse à l'humour, en passant par le tragique, c'est la vie, dans ce qu'elle a de plus universel, que l'auteur décompose et recompose.

L'amour résiste-t-il vraiment au temps, ou n'est-il qu'une histoire que l'on se raconte pour continuer à avancer ?

lundi 23 mars 2026

Finistère

Finistère,

Anne Berest,
Ed. Albin Michel, 2025


Mot de l'éditeur :

Anne Berest poursuit sa grande exploration des « transmissions invisibles » et ses interrogations autour de la trans-généalogie. De quoi hérite-t-on ?

« À chaque vacances, nous quittions notre banlieue pour la Bretagne, le pays de mon père, celui où il était né, ainsi que son père - et le père de son père, avant lui. Le voyage débutait gare Montparnasse, sous les fresques murales de Vasarely, leurs formes hexagonales répétitives, leurs motifs cinétiques, dont les couleurs saturées s'assombrissaient au fil du temps, et dont l'instabilité visuelle voulue par l'artiste, se transformait, année après année, en incertitude. »

Après La Carte Postale et Gabriële, Anne Berest déploie un nouveau chapitre de son oeuvre romanesque consacrée à l'exploration de son arbre généalogique : la branche bretonne, finistérienne, remontant à son arrière-grand-père. Ici, la petite et la grande Histoire ne cessent de s'entremêler, depuis la création des premières coopératives paysannes jusqu'à mai 68, en passant par l'Occupation allemande dans un village du Léon et la destruction de la ville de Brest.


Ma lecture : 

Une chronique sociale, du Finistère à Paris, au cœur de l’intime familial.

Dans La carte postale, dont elle parle beaucoup dans ce roman, Anne Berest explorait ses racines maternelles, de la Lettonie à la Palestine, en passant par Auschwitz. Ici, elle se penche sur ses racines paternelles, bretonnes.

Direction le Finistère, pays de Saint-Pol-de-Léon, où je vis. Le récit débute en 1909, au cœur des luttes agricoles, autour de la défense de la terre et de ses légumes emblématiques. Eugène Berest crée alors la première coopérative légumière, La Bretonne, toujours ancrée dans le territoire. Ces combats ouvrent la voie à un progrès social et modifient la manière de travailler des paysans : solidaires, ils deviennent plus forts face à l’État.

Le fil de l’Histoire se poursuit avec le fils d’Eugène, prénommé lui aussi Eugène. Une carrière dans le monde agricole semblait lui être destinée, mais l’école lui ouvre les portes d’une ascension sociale. Du lycée du Kreisker à Saint-Pol-de-Léon, le voilà en hypokhâgne à Paris. Un univers totalement différent, à la fois exaltant et terrifiant, plein de promesses et de désillusions. Il finira par devenir professeur de lettres, latin et grec dans la capitale, où il fondera sa famille. Le Finistère deviendra alors une terre estivale, un port d’attache.

Anne Berest déroule ainsi le fil de son histoire familiale, étroitement entremêlée à la grande Histoire. La lutte sociale coule dans les veines des Berest, et les grandes manifestations de l’époque n’échappent ni aux Eugène ni à Pierre, maire de Brest et père de l’autrice. On aborde aussi le sida, les concours ratés, Polytechnique, les bifurcations étudiantes, autant d’étapes qui jalonnent les trajectoires familiales.

J’ai beaucoup aimé cette exploration de l’histoire du Finistère Nord, véritable introspection de la famille paternelle d’Anne Berest pour en comprendre les écueils et les héritages. C’est toujours un plaisir de reconnaître les lieux : les rues de Saint-Pol-de-Léon, la plage du Dossen et ses restaurants… J’ai aussi appris beaucoup de choses sur les luttes agricoles et les progrès sociaux à travers trois générations de Berest : trois patriarches, trois adolescences, trois destins.

Finistère est un vibrant hommage à cette terre et à ceux qui la cultivent, la portent haut et la défendent. Mais c’est aussi une quête identitaire, celle d’une famille prise entre enracinement et départ, entre la terre, le sel et la lutte. Au fil des pages, ce roman nous montre que nos racines ne sont jamais seulement géographiques : elles sont aussi faites de combats, de rêves et de transmissions.

Et vous, êtes-vous attirés par les sagas familiales ancrées dans votre région ?



mercredi 18 mars 2026

Le génie des coïncidences

Le génie des coïncidences,

John Ironmonger,
Ed. Stock, 2014


Mot de l'éditeur :

Thomas Post, trente ans et des poussières, gauche et dégingandé, est maître de conférences à l’Université de Londres. Il fait autorité dans le domaine des coïncidences qui ne sont, selon lui, que le jeu du hasard et de la nécessité. Sa thèse est mise à mal le jour où la séduisante Azalea Lewis, une jeune femme marquée par la vie, lui lance ce défi : dénouer le fil sinueux de sa vie, gouvernée par un malheureux enchaînement de coïncidences.

C’est le début d’un grand huit intellectuel, émotionnel et ludique qui ricoche d’un paisible village de l’île de Man à un escalator du métro londonien, jusqu’à une mission en Ouganda. Une quête de vérité où toutes les surprises sont permises.


Dealer : Reçu dans un Swap il y a quelques années


Ma lecture :

Quelle est la probabilité que vous ayez lu ce roman ?
Plus difficile encore : quelle est la probabilité que vous ayez lu ce roman de 2014 ces jours-ci ?

Les probabilités. Les coïncidences. Les hasards. C'est ce qu'explore John Ironmonger dans son roman Le génie des coïncidences. Pour cela, il sort deux personnages de son chapeau. Au hasard. Thomas Post, Londonien trentenaire, expert en coïncidences. Et Azalea, jeune femme ballotée entre l'Angleterre et l'Ouganda, trouvée dans une fête foraine puis adoptée, au destin donc rempli de circonstances hasardeuses.
Beaucoup de membres de sa famille sont morts un 21 juin. À son tour, elle est persuadée de pouvoir prédire sa mort, un 21 juin 2012, et demande à Thomas d'étudier les coïncidences malheureuses de sa vie.

Ce roman est un OVNI !

Mais je l'ai beaucoup aimé, notamment pour ses déambulations dans les hasards et les coïncidences, heureux ou malheureux, probables ou improbables. On passe de l'Angleterre des années 70 aux années 2000, puis à l'Ouganda des années 90 en pleine guerre civile. On s'interroge sur Azalea et les péripéties qui façonnent sa vie : sa chute dans les fonts baptismaux, sa mère assassinée, sa découverte dans une fête foraine, puis son adoption par des missionnaires partis en Ouganda… Sa vie est déjà un roman !

J'ai beaucoup aimé cette façon de triturer le destin, de composer avec les faits, d'explorer le déterminisme…

C'est un roman dense, puissant, à la fois drôle et philosophique, difficile à résumer. Je l'avais depuis de longues années dans ma bibliothèque : le hasard d'un club de lecture et un titre à piocher dans ma PAL ne contenant pas la lettre A, et me voilà à lire Le génie des coïncidences. Quelle était la probabilité pour que je le choisisse ? Le fait d'adhérer de mon plein gré à un club de lecture a-t-il joué sur le déterminisme ?

En tout cas, j'ai passé un excellent moment !


lundi 16 mars 2026

Je suis la maman du bourreau

Je suis la maman du bourreau,

David Lelait-Helo,
Ed. Héloïse d'Ormesson, 2022


Mot de l'éditeur :

Prier Dieu, se vouer au Diable.

Du haut de ses quatre-vingt-dix ans, Gabrielle de Miremont semblait inatteignable. Figée dans l’austérité de la vieille aristocratie catholique dont elle est l’incarnation. Sa devise : « Ne jamais rien montrer, taire ses émotions ». Jusqu’à ce matin-là, où un gendarme vient lui annoncer la mort de son fils. Son fils cadet, son enfant préféré, le père Pierre-Marie, sa plus grande fierté. Gabrielle ne vacille pas, mais une fois la porte refermée, le monde s’écroule. Cet effondrement, pourtant, prend racine quelques semaines plus tôt, à la suite d’un article de presse révélant une affaire de prêtres pédophiles dans sa paroisse. Révoltée par cette calomnie, Gabrielle entreprend des recherches. Des recherches qui signeront sa perte. Ou sa résurrection.

Je suis la maman du bourreau raconte avec une subtilité et une justesse époustouflantes le calvaire d’une mère murée dans son chagrin. Un portrait dérangeant, qui touche au cœur, et rend un hommage vibrant à ceux qui osent dénoncer l’innommable.


Ma lecture :

Et si votre enfant avait commis l’irréparable ? Où s’arrête le rôle d’une mère ? 

jeudi 12 mars 2026

Un conte de fées

Un conte de fées,

Karine Reysset,
Ed. Flammarion, 2026


Mot de l'éditeur :

« C’est une histoire d’engrenage et de prédation. Une histoire d’amour, d’amour-poison, toxique, d’une jeune femme qui se brûle les ailes, se cogne contre les barreaux de sa prison dorée. »

Il était une fois une jeune orpheline nommée Aurore, étudiante brillante tombée sous le charme puis sous l’emprise de son professeur de lettres. Lorsque Aurore ouvre les yeux, il est déjà trop tard. Elle est devenue mère et se retrouve barricadée dans une immense maison perdue au milieu de nulle part. Mais comment partir ? Et pour aller où ?

Karine Reysset raconte la vulnérabilité et le combat d’une femme pour se sauver sans perdre ses enfants. En donnant voix à son héroïne, elle dissèque un à un les mécanismes d’une emprise mortifère.


Dealer : SP de Karine Reysset (encore merci !)


Ma lecture :

Un conte de fées, un roman où les ogres portent des cravates et où les fées ont brûlé leurs ailes...

C'est toujours une immense joie et un immense honneur de recevoir un nouveau roman de Karine Reysset. Si elle a l'habitude de triturer des thèmes autobiographiques dans ses fictions, elle porte ici une plume engagée et livre un roman magistral.  

jeudi 5 mars 2026

La fabrique des mots

La fabrique des mots,

Erik Orsenna,
Ed. Actes Sud, 2013


Mot de l'éditeur :

Après La grammaire est une chanson douce (2001), Les Chevaliers du subjonctif (2004), La Révolte des accents (2007) et Et si on dansait ? (2009), La Fabrique des mots clôt la balade d’Erik Orsenna au pays de la grammaire française.

" Il y a des histoires qui sont des déclarations de guerre. Voilà pourquoi, moi, Jeanne, je me suis tue. J'ai préféré attendre que le temps passe. J'étais petite, à l'époque, dix ans et quelques mois. Mais l'heure est venue de parler ". L'ignoble Nécrole a encore frappé.

L'objet de sa bataille ? Les mots. Il y en a trop, beaucoup trop. Pour faire taire tous les incurables bavards, tous les poètes, tous les chanteurs, tous les raconteurs d'histoires, tous les amoureux qui disent et redisent leur flamme, tous les humiliés qui protestent, tous les journalistes qui révèlent et, trouve-t-il, polluent de leurs nuisances sonores jusqu'à la nuit, Son Excellence le très distingué Président à vie a édité une liste, pompeusement intitulée " Circulaire VIII.2012.3917 ", celle des trente mots désormais autorisés.

Pour Mlle Laurencin et les élèves de CM2 de l'école Simon-Bolivar, c'est décidé, la guerre est déclarée. Parmi les escales de cette croisade sur terre et sur mer bientôt suivie par l'île tout entière, on apprendra comment le Palais de justice fait les choux gras de deux brasseries aux drôles de spécialités et ce que le Pays de Tendre dit de l'amour, on découvrira qu'une salle de classe et un centre de stratégie militaire ne sont pas si éloignés et qu'une ancienne mine d'or peut renfermer bien plus précieux que le plus précieux des métaux.

Amis ou ennemis de Jeanne, en campagne ou non contre l'ignorance, on croisera le chemin d'une petite foule d'êtres et de créatures, parmi lesquels un élégant, trois jeunes à capuches, des pompiers, un Capitan accablé et très prolixe en anecdotes, un brochet plus vrai que nature, deux vieilles soeurs aussi virulentes qu'érudites, un certain M. Henri et, toujours, la furie de Nécrole...

Plus de dix ans après sa première déclaration d'amour à la grammaire, Erik Orsenna ne pouvait conclure qu'en explorant la fabrique des mots.
- Qui les crée ?
- D'où viennent-ils ?
- Comment combinent-ils leurs origines ?
- A-t-on le droit d'en inventer de nouveaux ?
- Si l'anglais domine toutes les autres langues, nos mots à nous seront-ils réduits à l'esclavage ?
À toutes ces questions, Jeanne répond, une fois de plus, et raconte ses aventures au sein de cette mystérieuse fabrique.


Ma lecture : 

C’est toujours un plaisir de retrouver Jeanne et sa classe, en voyage au pays de la langue française. La grammaire, les accents, le subjonctif… presque plus rien n’a de secret pour elle. Sauf les mots : d’où viennent-ils ? 

mercredi 4 mars 2026

Le soldat désaccordé

Le soldat désaccordé,

Gilles Marchand,
Ed. Aux forges du Vulvain, 2022


Mot de l'éditeur :

Paris, années 20, un ancien combattant est chargé de retrouver un soldat disparu en 1917. Arpentant les champs de bataille, interrogeant témoins et soldats, il va découvrir, au milieu de mille histoires plus incroyables les unes que les autres, la folle histoire d'amour que le jeune homme a vécue au milieu de l'Enfer. Alors que l'enquête progresse, la France se rapproche d'une nouvelle guerre et notre héros se jette à corps perdu dans cette mission désespérée, devenue sa seule source d'espoir dans un monde qui s'effondre.


Dealer : Seconde main


Ma lecture : 

Gilles Marchand œuvre de poésie pour composer ce roman autour de la guerre de 14, les retours difficiles des soldats, les disparus, les gueules cassées.

Paris, années 20.
Le narrateur, ancien combattant, est chargé de retrouver un soldat disparu en 1917. Sa mère veut retracer son carnet de guerre : par où est-il passé ? Pourquoi n'est-il pas revenu ? Le narrateur arpente les cimetières de poilus, compulse les registres, interroge d'autres soldats : aucune trace d'Emile Joplain.
Derrière cette disparition se cache un drame romanesque.
Emile était amoureux de Lucie. Lui, de bonne famille, elle, simple servante. Ca ne se fait pas, chez les Joplain. Sans nouvelle de son soldat, Lucie, à ses risques et périls,  rejoint les infirmières du front pour le retrouver. Au milieu des obus, l'amour sera-t-il plus fort que tout ?

J'ai beaucoup aimé la poésie de ce roman, dans les mots et les images. La première guerre mondiale est un berceau romanesque pour les disparitions ou échanges d'identités. Dans les tranchées, se sont joués bien de destins.
Et parlons de cette histoire d'amour impossible, magnifique, du début à la fin, des prémices amoureux au tragique.

Un roman bouleversant, un vibrant hommages à ceux de 14. Ceux qui sont revenus. Ceux qui sont à jamais estropiés. Et ceux qui sont restés là-bas.
Je découvre Gilles Marchand avec ce roman, et je suis tombée amoureuse de sa poésie.

Vous n'avez pas lu Le soldat désaccordé ?
Ne le manquez pas !


mardi 3 mars 2026

La ronde de nuit

La ronde de nuit,

Patrick Modiano,
Ed. Gallimard, 1969


Mot de l'éditeur :

Comment devenir traître, comment ne pas l'être ? C'est la question que se pose le héros du récit qui travaille en même temps pour la Gestapo française et pour un réseau de résistance. Cette quête angoissée le conduit au martyre, seule échappatoire possible.

Par ce livre étonnant, tendre et cruel, Modiano tente d'exorciser le passé qu'il n'a pas vécu. Il réveille les morts et les entraîne au son d'une musique haletante, dans la plus fantastique ronde de nuit.


Ma lecture :

Pour cette escapade à Paris, je voulais emmener Modiano avec moi. J’ai pioché La ronde de nuit dans ma bibliothèque.

Paris, années 40.
Le narrateur se promène dans un Paris occupé et, perdu dans ce brouillard cher à l’auteur, erre d’un groupe de collabos à un groupe de résistants. Il profite de l’opulence des uns et des combats des autres. Où trouver son camp ?

Pris dans cette ronde, les ombres le suivent, l’interpellent, le trahissent. Il y a quelque chose d’enivrant dans ce mouvement où rien n’est clair, où tout demeure trouble, où l’humanité semble noyée dans un brouillard épais. Autour de lui gravitent des collabos parfois notoires, comme le docteur Petiot, tueur en série de l’Occupation.

L’ambiance du roman est très particulière, presque malsaine, dans ces soirées où l’alcool et les projets barbares coulent à flot. La nuit semble tomber sur l’Histoire comme sur le narrateur, comme s’il s’endormait peu à peu, incapable de discerner ses propres convictions.

Ce n’est pas mon roman préféré de l’auteur, mais j’ai aimé cette structure singulière, entrecoupant le récit de chansons et donnant véritablement la sensation d’une ronde, d’un manège. Un manège diabolique.


lundi 2 mars 2026

La dame du Ritz

La dame du Ritz,

Mélanie Benjamin,
Ed. Albin Michel, 2020


Mot de l'éditeur :

Rien ne peut arriver au Ritz : dans ce temple du luxe qui autorise les caprices les plus farfelus, le prestige protège de tout. Même du pire, pense-t-on avant que l'armée allemande n'occupe Paris en juin 1940. Les hauts dignitaires nazis, dont Hermann Göring, investissent l'hôtel ; les portiers élégants sont remplacés par des soldats aux portes d'entrée. L'insouciance cède à la peur.

Pour Blanche Auzello, l'épouse du directeur du Ritz, cette réalité est insupportable. La Dame du Ritz, une américaine rebelle et intrépide, n'est pas femme à se résigner. Mais comment faire ? Dans le palace où le bruit des bottes étouffe désormais les rires, Blanche comprend que sa seule issue est le mensonge. D'autant qu'elle cache un secret qui pourrait mettre sa vie et celle de son époux en danger, mais aussi ternir la légende du Ritz...

Avec le talent qui a fait le succès des Cygnes de la Cinquième avenue, Melanie Benjamin, s'inspirant de faits réels, nous plonge dans les coulisses du Ritz sous l'Occupation avec ce roman étincelant, portrait d'une femme inoubliable.


Dealer : Dialogues, Brest (29)


Ma lecture :

Le Ritz à l'heure allemande, où les soldats verts-de-gris ont remplacé les serveurs en livrée, et où la terreur sème le trouble dans Paris.  

mardi 24 février 2026

Poste restante à Locmaria

Poste restante à Locmaria, 

Lorraine Fouchet,
Ed. Héloïse d'Ormesson, 2018


Mot de l'éditeur :

Élevée dans le culte d'un père mort par accident, Chiara, 25 ans, apprend fortuitement que son père biologique vit à Groix en Bretagne. Ébranlée par cette révélation, Chiara part à sa recherche sur l'île aux grenats.

Elle remplace la factrice pour s'intégrer à la communauté Groisillonne et mener son enquête en toute discrétion. Mais tout se complique lorsque la jeune femme apprend que deux frères Tonnerre ont croisé sa mère vingt-cinq ans plus tôt. Sur place, Chiara se lie d'amitié avec Urielle, une jeune groisillonne qui ne supporte plus le stress de Paris, et Perig, un vieux correspondant de presse dont le fils a disparu en mer. Alors que l'île l'envoûte et l'invite à rester, elle rencontre Gabin, un écrivain corse qui prête sa plume à des romanciers célèbres. Cette histoire d'amour inattendue s'épanouira-t-elle ?

Un roman breton où la tendresse ne reste pas poste restante, où les liens du sang n'accusent pas réception, où le bateau du courrier apporte bien des surprises, et les boites aux lettres recèlent de lourds secrets.


Dealer : Boîte à livres de mes 40 ans


Ma lecture : 

Un roman où l'héroïne goutera à la dolce vita à des kilomètres de Rome où elle vivait à l'abri des secrets...jusqu'au jour où... 

jeudi 19 février 2026

Rosa Candida

Rosa Candida,

Auður Ava Ólafsdóttir,
Ed. Zulma, 2010


Mot de l'éditeur :

Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens.

Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s'en rendre compte les dernières paroles d'une mère adorée.

Un lien les unissait: le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C'est là qu'Arnljótur aura aimé Anna, une amie d'un ami, un petit bout de nuit, et l'aura mise innocemment enceinte.

En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d'Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile.


Dealer : Boîte à livres


Ma lecture : 

Un jeune homme qui éclot sous nos yeux, un roman qui révèle ses nuances, pétale après pétale. 

lundi 16 février 2026

Ce que je sais de Vera Candida

Ce que je sais de Vera Candida,

Véronique Olvadé,
Ed. de l'Olivier, 2009


Mot de l'éditeur : 

Quelque part dans une Amérique du Sud imaginaire, trois femmes d’une même lignée semblent promises au même destin : enfanter une fille et ne pouvoir jamais révéler le nom du père. Elles se nomment Rose, Violette et Vera Candida. Elles sont toutes éprises de liberté mais enclines à la mélancolie, téméraires mais sujettes aux fatalités propres à leur sexe. Parmi elles, seule Vera Candida ose penser qu’un destin, cela se brise. Elle fuit l’île de Vatapuna dès sa quinzième année et part pour Lahomeria, où elle rêve d’une vie sans passé. Un certain Itxaga, journaliste à L’Indépendant, va grandement bouleverser cet espoir.

Un ton d’une vitalité inouïe, un rythme proprement effréné et une écriture enchantée. C’est ce qu’il fallait pour donner à cette fable la portée d’une histoire universelle : l’histoire des femmes avec leurs hommes, des femmes avec leurs enfants. L’histoire de l’amour en somme, déplacée dans l’univers d’un conte tropical, où Véronique Ovaldé a rassemblé tous les thèmes – et les êtres – qui lui sont chers.


Dealer : Boîte à livre de mes 40 ans


Ma lecture :

Je n'avais pas eu l'occasion de lire Ce que je sais de Véra Candida avant que l'on me l'offre dans la boîte à livres de mes 40 ans.
Certains romans prennent leur temps pour arriver jusqu'au lecteur, mais laissent une trace profonde. Ce que je sais de Vera Candida fait partie de ceux qui touchent doucement, mais durablement.
Vera Candida, rien que le nom de l'héroïne impose mystère et poésie...  

mercredi 11 février 2026

Folcoche

Folcoche, 

Emilie Lanez, 
Ed. Grasset, 2025


Mot de l'éditeur :

Tout le monde a lu Vipère au Poing, premier roman d’Hervé Bazin. Chacun se souvient du récit poignant de son enfance martyre sous la férule de sa mère, la méchante Folcoche (« folle » et « cochonne »). Depuis 1948, le livre est conseillé par les enseignants, lu par des générations de collégiens : il s’est vendu à plus de cinq millions d’exemplaires, a été adapté deux fois au cinéma et vendu dans le monde entier. Roman d’apprentissage, cri de douleur d’un adolescent mal aimé, il a trouvé sa place dans notre patrimoine littéraire et dans notre imaginaire collectif. On lit Vipère au poing pour aller vers l’âge adulte. Et c’est ainsi qu’il a permis à son auteur, Hervé Bazin, de briller sur le monde des lettres jusqu’à devenir le président de l’académie Goncourt.

Voici pour la légende. Car tout est faux. Tout. Intriguée par cette mère haïe de tous et comme un contre-modèle à l’adolescence en crise, Emilie Lanez a enquêté : exhumant les archives policières et les correspondances familiales, retrouvant des témoins de l’époque, elle nous livre une autre histoire, un contre-récit vertigineux qui est l’histoire d’un féminicide littéraire.

Avant d’être un écrivain célèbre, l’auteur de Vipère au Poing fut un adolescent puis un jeune adulte menteur, qui fugue, vole sans discontinuer, escroque, menace... Poursuivi par la police, condamné par les tribunaux, privé de ses droits, il est interné en psychiatrie plusieurs fois et condamné à des années de prison. Sa famille, notables de province, panique. Surtout sa mère, Paule Hervé-Bazin. Avec maladresse, et rudesse, elle tente tout pour sauver son fils. Qui va la condamner au silence en faisant d’elle un monstre de papier : Folcoche.

À travers l’exploration des archives, Emilie Lanez révèle une famille dévastée par la littérature et comme figée pour l’éternité. Avec ses secrets, ses mensonges, son talent, ses hivers à la centrale de Clairvaux, puis sa gloire éclatante, Hervé Bazin est un personnage de roman fascinant – qui lui est enfin offert ici.

Une enquête hors du commun.


Ma lecture : 

Folcoche... Ce nom résonne dans ma mémoire de jeune lectrice, lectrice de Vipère au poing. Je me souviens aussi de Catherine Frot, prêtant ses traits, plus austères, à cette marâtre.
On croyait la connaître, Folcoche. La mère cruelle, glaciale, inhumaine d'Hervé Bazin. Un monstre gravé dans la mémoire littéraire. Et si tout n’était pas si simple ?

Dans cette enquête brève et troublante, Émilie Lanez rouvre le dossier. Derrière le mythe façonné par Hervé Bazin, apparaît une femme réelle, Paule Hervé-Bazin. Elevée à la dure, sans sentimentalisme, c'est ainsi qu'elle a élevée ses enfants, n'hésitant pas, en pleine Grande Guerre, à les laisser à la famille pour mener la belle vie et suivre son mari à Shangaï. Le jeune Hervé Bazin, enfin, Jean, puisqu'en fait, Hervé-Bazin est le patronyme familial, lui en tirera toute sa vie rigueur (à raison, d'ailleurs). Mais était-elle cette vipère ou simplement prisonnière d’un récit écrit contre elle car Vipère au poing est bien présenté comme une autobiographie de la part de l'auteur.

Archives, témoignages, contradictions : peu à peu, la légende se fissure, et la vérité devient trouble. Qui raconte ? Qui déforme ? Qui possède l’histoire familiale ?
On en apprend beaucoup sur le passé d'Hervé Bazin, ses "petits écarts" oubliés des journalistes et du monde littéraire. Pendant sa jeunesse, il a écumé des prisons et hôpitaux psychiatriques, et les années 40 laissent un flou amer dans sa biographie. Le vernis craque autour de cet illustre figure littéraire, qui a été jusqu'à être président de l'Académie Goncourt. Et Folcoche dans l'histoire : vengeance, exagération, quête d'une aura littéraire ?

Ma lecture aura semé le doute sur le mythe de Vipère au poing, ternissant l’image de l’auteur tout en nuançant la noirceur de la mère. Je n’en ressors pas avec des certitudes , les arguments restant fragiles, mais j’ai beaucoup aimé cette enquête minutieuse, à cette patiente décortication, qui m’a véritablement captivée.


mardi 10 février 2026

Connemara

Connemara,

Nicolas Mathieu,
Ed. Actes Sud, 2022


Mot de l'éditeur :

Hélène a bientôt quarante ans. Elle est née dans une petite ville de l'Est de la France. Elle a fait de belles études, une carrière, deux filles et vit dans une maison d'architecte sur les hauteurs de Nancy. Elle a réalisé le programme des magazines et le rêve de son adolescence : se tirer, changer de milieu, réussir. Et pourtant le sentiment de gâchis est là, les années ont passé, tout a déçu.
Christophe, lui, vient de dépasser la quarantaine. Il n'a jamais quitté ce bled où ils ont grandi avec Hélène. Il n'est plus si beau. Il a fait sa vie à petits pas, privilégiant les copains, la teuf, remettant au lendemain les grands efforts, les grandes décisions, l'âge des choix. Aujourd'hui, il vend de la bouffe pour chien, rêve de rejouer au hockey comme à seize ans, vit avec son père et son fils, une petite vie peinarde et indécise. On pourrait croire qu'il a tout raté.
Et pourtant il croit dur comme fer que tout est encore possible.
Connemara c'est cette histoire des comptes qu'on règle avec le passé et du travail aujourd'hui, entre PowerPoint et open space. C'est surtout le récit de ce tremblement au mitan de la vie, quand le décor est bien planté et que l'envie de tout refaire gronde en nous. Le récit d'un amour qui se cherche par-delà les distances dans un pays qui chante Sardou et va voter contre soi.


Ma lecture : 

Quand l’âge adulte nous a happés, reste-t-il une place pour revivre l’adolescence ? Peut-on encore se réfugier dans ses souvenirs ?

Nancy. 
La radio joue Les lacs du Connemara, la chanson qui clôt toutes les fêtes et qui sait aussi les ranimer. Hélène, quarantenaire, l'entend par hasard, et ses souvenirs d'adolescence se réveillent. Elle a grandi dans une petite ville de Lorraine d'où elle a tout fait pour s'échapper. Dossier scolaire exemplaire, carrière de paire, belle maison, mari, enfants. Une belle vie de catalogue. Les airs de la chanson de Sardou la bercent vers ses années lycée, les matchs de hockey à la patinoire, Christophe... Et une envie de tout recommencer se dessine...

Christophe, lui, n'a jamais quitté le patelin. Il s'y est même empâté : il vit chez son père, avec son fils une semaine sur deux, boit des canettes et tire à la carabine avec ses copains célibataires, ne s'éclate pas dans son job de livreur de croquettes, ... Mais il rêve de rendosser le maillot de l'équipe de hockey à plus de 40 ans. Comme une envie de tout recommencer...

Hélène la bûcheuse et Christophe le beau gosse des années lycée se revoient. Elle s'échappe de sa vie de famille, transhume en contre-sens, et respire le parfum de sa jeunesse et des souvenirs. Lui s'offre une escapade amoureuse, d'hôtels cachés en p'tits restos. Ca ne compte pas. Mais ça comptera, bien sûr. Ils viennent de la même Lorraine mais sont devenus si différents. La vie qu'ils ont choisi de mener les oppose, seuls les souvenirs les rassemblent. Sont-ils suffisant pour se replonger dans une histoire d'amour ?

Je n'avais jamais lu de roman de Nicolas Mathieu mais j'ai beaucoup aimé cette réflexion qui parlera beaucoup aux quarantenaires, âge auquel on dresse le bilan des choses accomplies et celles laissées sur notre bureau de lycéenne. Malgré quelques longueurs, j'ai été conquise par la plume poétique et introspective de l'auteur. 

Ce beau roman de Nicolas Mathieu explore avec finesse la question de la transhumance sociale : peut-on réellement s’inventer ailleurs, en rompant tout à fait avec ses racines ? Ou celles-ci continuent-elles, silencieusement, de nous façonner et de nous rappeler d’où l’on vient ?

jeudi 29 janvier 2026

Zidane, une vie secrète

Zidane, une vie secrète,

Besma Lahouri,
Ed. Flammarion, 2008


Mot de l'éditeur :

Zidane... le joueur de génie, la star mondiale, le héros national. Mais qui est-il vraiment ? Malgré la légende, en dépit des médias, l'homme reste finalement un mystère. Cette enquête, menée dans toute l'Europe pendant plus d'un an et demi, n'a pas été sans difficultés, dévoilant les secrets d'un joueur qui ne s'appartient plus, dépassé par sa notoriété, empêché par ses contrats publicitaires, reclus derrière une omerta presque sans faille. Voici un ouvrage qui éclaire certaines facettes méconnues du joueur - sa vie quotidienne, son rapport à l'argent, son entourage - sans oublier de saluer le talent et la carrière fabuleuse de l'ex-idole des stades.


Dealer : Pioché dans ma Box des 40 ans 


Ma lecture :

Si je ne suis pas insensible à l'aura de Zidane, je n'aurais jamais été jusqu'à lire l'une de ses biographie. Mais mes amis m'ont offert une Boîte à livres pour mes 40 ans, et je me suis engagée à les lire tous. J'ai donc enfilé mon maillot tricolore... 

mardi 27 janvier 2026

Simon, l'enfant du 20e convoi

Simon, l'enfant du 20e convoi,

Simon Gronowski, Françoise Pirard,
Ed. Milan Junior, 2008


Mot de l'éditeur :

Bruxelles, 1943. Trois ans que les Allemands occupent la Belgique, trois ans qu'ils pourchassent les Juifs, trois ans que Simon et sa famille vivent en sursis. Jusqu'à l'arrestation, jusqu'au départ, en train, vers l'est. Un terrible voyage vers l'inconnu au cours duquel, pourtant, Simon a rendez-vous avec l'espoir...

Roman jeunesse, à partir de 10 ans


Dealer : Seconde main


Ma lecture :

Lors de mon périple en Belgique, nous avons dormi dans le petit village de Borgloon, au pied d'une ancienne abbaye. Et au petit matin, un passant vient discuter avec nous, et après nous avoir raconté l'histoire de cette abbaye, il nous a raconté l'histoire de Simon, un enfant qui avait échappé à la déportation en 1943 en sautant d'un train à quelques pas de là où nous nous trouvions. Une statue commémore cette histoire (photo). 
J'ai donc eu envie de lire son récit... 

Simon, l'enfant du 20ème convoi, ou l'itinéraire d'une enfance emportée dans le tumulte de la guerre.

Simon Gronowski, donc, est un enfant belge des années 40. Il vit à Bruxelles avec sa mère, son père et sa grande sœur. Et ils sont juifs.
Il raconte alors son enfance sous l'occupation allemande. La maroquinerie de ses parents est de plus ne plus restreinte et finit par être fermée, Simon est contraint de quitter l'école, puis la famille doit songer sérieusement à se cacher. Leurs proches fuient ou disparaissent, le climat devient oppressant.
On ne leur épargne rien lorsqu'un matin, des coups sont frappés à leur porte. Simon, sa mère et sa sœur sont emmenés. Leur père n'est pas à leur domicile, il est en convalescence à l'hôpital : cela le sauvera. D'un  camp de transit, ils sont bientôt entassés dans le convoi numéro 20, direction l'est. 1600 juifs se serrent ainsi dans des wagons à bestiaux. Lors d'un moment de confusion où le train s'arrête puis redémarre au pas, sa mère pousse Simon à sauter du train... 
Comment la guerre finira-t-elle pour la famille Gronowski ?

Il s’agit d’un roman jeunesse que les adultes peuvent lire avec plaisir, porté par un ton sincère et une écriture soignée.
Simon retrouvera son père mais ne reverra jamais sa mère et sa sœur, gazées à leur arrivée. Malheureusement, accablé par le chagrin, son père mourra peu après la libération.
Simon le dira plus tard, sa mère lui a donné deux fois la vie, en le mettant au monde et dans ce wagon.
Ce témoignage est bouleversant et montre plusieurs facettes de la guerre : le quotidien, la peur, la déportation, et l'après. Ces familles disloquées, ces orphelins, ces biens spoliés... La vie après la mort. 

A lire pour le devoir de mémoire.


lundi 26 janvier 2026

Le restaurant des recettes oubliées

Le restaurant des recettes oubliées,

Deuxième service,
Hisashi Kashiwai,
Ed. Nami, 2023


Mot de l'éditeur :

" Nous retrouvons vos plats. " Une mystérieuse publicité d'une ligne dans une revue culinaire, pas de numéro de téléphone ni d'adresse claire : ceux qui souhaitent se rendre au restaurant Kamogawa doivent compter sur un soupçon de magie pour arriver à bon port !

Seuls les habitués et les clients guidés par le destin trouvent leur chemin jusqu'à la petite bâtisse cachée dans les ruelles de Kyoto qui propose à ses convives de récréer les délicieux mets qui ont marqué leur vie. Yaki onigiri, bento au nori, donburi de tempura ou steak haché à la japonaise... pour chaque nouveau plat, Nagare Kamogawa et sa fille Koishi, enquêtent pour préparer des recettes depuis longtemps oubliées et proposent à leurs clients une plongée dans le goût inimitable du souvenir. Ces saveurs enfin retrouvées leur permettront-elles de fermer la porte aux regrets et de prendre un nouveau départ ?


Dealer : Box des 40 ans


Ma lecture : 

Vous arrive-t-il parfois de vouloir retrouver des recettes oubliées, qui ont marqué des souvenirs précieux ? Un restaurant de Kyoto permet de les retrouver... 

mercredi 21 janvier 2026

Ma gloire

Ma gloire,

Florent Oiseau,
Ed. Gallimard, 2026


Mot de l'éditeur :

« C’est la nuit et le dehors qui m’ont fait ça, ils m’ont attrapé et ne m’ont pas rendu. »

Alcoolique débonnaire, le narrateur a pour philosophie l’absence d’ambition. Fraîchement licencié, il vit de petits trafics, passe ses journées à arpenter le Paris populaire, du cimetière de Charonne à la porte de Bagnolet, et ses soirées dans les bars. Sa gloire, ce sont les deux femmes qu’il aime : son épouse, Almeria, et leur fille, l’espiègle Lune, dix ans. Mais elles s’inquiètent de ses excès, qui ressemblent à un lent suicide. Jusqu’au jour où il est choisi pour jouer une fée dans le spectacle de fin d’année de l’école : l’occasion de trouver, enfin, le rôle de sa vie ?

Hommage à la nuit, à l’ivresse et aux rencontres de hasard, Ma gloire interroge nos loyautés et la place que nous occupons dans le monde. De sa plume poétique et fantasque, Florent Oiseau poursuit son exploration fraternelle des gens de l’ombre, et signe un roman poignant sur les histoires que nous nous racontons tous pour survivre.


Dealer : Livres in room, Saint-Pol-de-Léon (29)


Ma lecture :

Quel plaisir de retrouver l'univers de Florent Oiseau ! Ses (anti)héros losers sur les bords mais attachants au cœur, ses quartiers populaires, ses troquets, sa nonchalance et la poésie de sa plume.   

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