Bien-être,
Nathan Hill,Gallimard, 2024
Mot de l'éditeur :
À l’aube des années 1990 à Chicago, en pleine bohème artistique, un homme et une femme vivent l’un en face de l’autre et s’épient en cachette. Rien ne semble les relier — elle est étudiante en psychologie, lui photographe rebelle. Mais lorsqu’ils se rencontrent enfin, le charme opère et l’histoire d’amour démarre aussitôt entre Elizabeth et Jack. Ils ont la vie devant eux et, même si leurs rêves et leurs milieux divergent, ils sont convaincus que leur amour résistera à l’épreuve du temps.
Mais qu’en est-il vingt ans plus tard ? Une fois que le couple s’est embourgeoisé, qu’il se débat avec un fils tyrannique, que le désir s’éteint à petit feu et que les rêves s’oublient ? L’achat d’un appartement sur plan devient alors le révélateur de tous les désaccords entre Elizabeth et Jack. Au fond, étaient-ils faits l’un pour l’autre ?
Bâti avec de malicieux va-et-vient dans le temps, Bien-être est la fresque épatante d’un amour dont le décor, Chicago, perd son âme à mesure que les sentiments s’abîment. Nathan Hill y décortique le couple et l’état de la middle class avec un panache, une ingéniosité et un humour irrésistibles. Du grand roman américain au souffle palpitant.
Ma lecture :
Et si le coup de foudre n’était pas le début de l’amour… mais le début de son illusion ?
Jack et Elizabeth ont quitté leurs campagnes profondes pour l'effervescence des universités de Chicago. Là où tout est possible, là où chacun peut se réaliser. Ils habitent dans deux immeubles, l'un en face de l'autre, dans un quartier bohème. Il étudie la photographie, elle étudie la psychologie et se révèle une véritable touche-à-tout. À travers leurs fenêtres, ils s'observent. Et lors d'un concert en bas de chez eux, c'est le coup de foudre. Le coup de foudre comme dans les romans. Un regard, et bim.
Quelques années plus tard, les voilà mariés et parents d'un enfant plutôt difficile, Toby. Ils sont sur le point de quitter leur appartement de location pour acheter "l'appartement de leur vie". Et les aspirations dissonent. S'aiment-ils toujours ? Le mariage est-il un placebo cachant les fêlures intérieures de chacun ? Le coup de foudre n'est-il qu'un mythe ?
Jonathan Hill triture le couple avec une plume aussi aiguisée qu'un bistouri. Il remonte dans le passé de Jack et Elizabeth, fait ressurgir leurs démons et étudie la notion d'amour à travers ce couple devenu bancal et claudiquant.
Je lis peu de romans américains et celui-ci est grand et dense. Il explore la société américaine à travers ce couple : l'amour, la famille, l'identité, la parentalité, les transmissions tues, la transhumance, ... D'un chapitre à l'autre, on passe d'un personnage à l'autre, d'une époque à l'autre. D'un épisode à l'autre, comme dans une série vertigineuse où les personnages finissent par nous en apprendre sur nous-même. De la tendresse à l'humour, en passant par le tragique, c'est la vie, dans ce qu'elle a de plus universel, que l'auteur décompose et recompose.
L'amour résiste-t-il vraiment au temps, ou n'est-il qu'une histoire que l'on se raconte pour continuer à avancer ?










