Finistère,
Anne Berest,Ed. Albin Michel, 2025
Mot de l'éditeur :
Anne Berest poursuit sa grande exploration des « transmissions invisibles » et ses interrogations autour de la trans-généalogie. De quoi hérite-t-on ?
« À chaque vacances, nous quittions notre banlieue pour la Bretagne, le pays de mon père, celui où il était né, ainsi que son père - et le père de son père, avant lui. Le voyage débutait gare Montparnasse, sous les fresques murales de Vasarely, leurs formes hexagonales répétitives, leurs motifs cinétiques, dont les couleurs saturées s'assombrissaient au fil du temps, et dont l'instabilité visuelle voulue par l'artiste, se transformait, année après année, en incertitude. »
Après La Carte Postale et Gabriële, Anne Berest déploie un nouveau chapitre de son oeuvre romanesque consacrée à l'exploration de son arbre généalogique : la branche bretonne, finistérienne, remontant à son arrière-grand-père. Ici, la petite et la grande Histoire ne cessent de s'entremêler, depuis la création des premières coopératives paysannes jusqu'à mai 68, en passant par l'Occupation allemande dans un village du Léon et la destruction de la ville de Brest.
Ma lecture :
Une chronique sociale, du Finistère à Paris, au cœur de l’intime familial.
Dans La carte postale, dont elle parle beaucoup dans ce roman, Anne Berest explorait ses racines maternelles, de la Lettonie à la Palestine, en passant par Auschwitz. Ici, elle se penche sur ses racines paternelles, bretonnes.
Direction le Finistère, pays de Saint-Pol-de-Léon, où je vis. Le récit débute en 1909, au cœur des luttes agricoles, autour de la défense de la terre et de ses légumes emblématiques. Eugène Berest crée alors la première coopérative légumière, La Bretonne, toujours ancrée dans le territoire. Ces combats ouvrent la voie à un progrès social et modifient la manière de travailler des paysans : solidaires, ils deviennent plus forts face à l’État.
Le fil de l’Histoire se poursuit avec le fils d’Eugène, prénommé lui aussi Eugène. Une carrière dans le monde agricole semblait lui être destinée, mais l’école lui ouvre les portes d’une ascension sociale. Du lycée du Kreisker à Saint-Pol-de-Léon, le voilà en hypokhâgne à Paris. Un univers totalement différent, à la fois exaltant et terrifiant, plein de promesses et de désillusions. Il finira par devenir professeur de lettres, latin et grec dans la capitale, où il fondera sa famille. Le Finistère deviendra alors une terre estivale, un port d’attache.
Anne Berest déroule ainsi le fil de son histoire familiale, étroitement entremêlée à la grande Histoire. La lutte sociale coule dans les veines des Berest, et les grandes manifestations de l’époque n’échappent ni aux Eugène ni à Pierre, maire de Brest et père de l’autrice. On aborde aussi le sida, les concours ratés, Polytechnique, les bifurcations étudiantes, autant d’étapes qui jalonnent les trajectoires familiales.
J’ai beaucoup aimé cette exploration de l’histoire du Finistère Nord, véritable introspection de la famille paternelle d’Anne Berest pour en comprendre les écueils et les héritages. C’est toujours un plaisir de reconnaître les lieux : les rues de Saint-Pol-de-Léon, la plage du Dossen et ses restaurants… J’ai aussi appris beaucoup de choses sur les luttes agricoles et les progrès sociaux à travers trois générations de Berest : trois patriarches, trois adolescences, trois destins.
Finistère est un vibrant hommage à cette terre et à ceux qui la cultivent, la portent haut et la défendent. Mais c’est aussi une quête identitaire, celle d’une famille prise entre enracinement et départ, entre la terre, le sel et la lutte. Au fil des pages, ce roman nous montre que nos racines ne sont jamais seulement géographiques : elles sont aussi faites de combats, de rêves et de transmissions.
Et vous, êtes-vous attirés par les sagas familiales ancrées dans votre région ?










