vendredi 29 mai 2026

Les coeurs sont faits pour être brisés

Les cœurs sont faits pour être brisés,

Tatiana de Rosnay,
Ed. Albin Michel, 2026


Mot de l'éditeur :

Dans les années 1980, Audrey et Marlo, étudiantes à l'université d'East Anglia à Norwich, travaillent à un projet commun, raconter la mort tragique d'Oscar Wilde à Paris.
Des décennies plus tard, Audrey, libraire, apprend que Marlo, devenue une célèbre romancière, s'est noyée dans le lac d'Annecy. Elle hérite d'un manuscrit inédit dans lequel sont révélés des secrets sur leurs années d'études.


Ma lecture :

Le passé dort-il vraiment sous les cartons glissés sous un lit, ou attend-il simplement le moment de ressurgir ?

Lorsqu’Audrey, libraire londonienne, apprend à la radio la mort brutale de la célèbre romancière Marlo von Graf, c’est tout un pan de sa jeunesse qu’elle croyait enfoui qui remonte à la surface. Car avant d’être une autrice adulée, Marlo fut son amie à l’université. Ensemble, étudiantes en lettres passionnées, elles avaient imaginé les derniers jours d’Oscar Wilde dans son appartement parisien. Mais un désaccord autour de cette histoire les avait irrémédiablement séparées.

Tatiana de Rosnay construit ici un roman fascinant à trois temporalités. Des années 80 dans une université londonienne, où gravitent Audrey, Marlo et le charismatique Laslo, jusqu’aux rives du lac Léman en 2011, où Audrey tente de comprendre les zones d’ombre entourant la disparition de son ancienne amie. En parallèle, se déploie le récit romancé des derniers instants d’Oscar Wilde, imaginé par les deux étudiantes, dont les échos deviennent peu à peu la clé du mystère entourant Marlo.

Et avec cette disparition resurgit aussi Laslo, l’amour de jeunesse d’Audrey, celui qui l’avait quittée pour partager finalement la vie de Marlo. Certains sentiments peuvent-ils réellement renaître de leurs cendres ?

Aficionada de Tatiana de Rosnay, j’ai beaucoup aimé cette déambulation mélancolique dans les souvenirs d’Audrey, entre mémoire, regrets et reconstruction. Les écrits laissés par Marlo brouillent sans cesse la frontière entre vérité et réécriture du passé. Une atmosphère fantomatique flotte sur le roman ; la brume de Manderley, chère à l’autrice, enveloppe le récit d’un voile aussi fascinant qu’inquiétant.

J’ai également été touchée par le personnage d’Audrey : femme divorcée, mère de jumeaux adolescents, elle avance avec pudeur vers une possible renaissance sentimentale. Un portrait sensible et profondément humain.

Avec ce roman, Tatiana de Rosnay explore avec délicatesse le poids des souvenirs, les blessures de jeunesse et les histoires que l’on se raconte pour survivre. Un récit élégant et mélancolique, où passé et fiction se répondent jusqu’à troubler le réel.

mardi 26 mai 2026

J'ai effacé les preuves

J'ai effacé les preuves,

Olivier Adam,
Ed. Bruno Doucey, 2026


Mot de l'éditeur :

je me confonds avec mon double
je me retourne et tout est trouble
j’ai perdu nos propres traces
j’ai effacé les preuves
j’ai joué avec le feu
et la pellicule a cramé
par négligence
en pyromane
en incendiaire


Dealer : Livres in room, Saint-Pol-de-Léon (29)


Ma lecture : 

le même plaisir
toujours
de retrouver les mots 
d'Olivier Adam

dans ce recueil de poésie
les mots
sortent
virevoltent
bruts
beaux
comme des flammes
lucides
implacables

un diamant
à l'état brut
des émotions
à l'état brut
sans surplus
sans chichis

cracher des mots
mais avec élégance
toujours


jeudi 21 mai 2026

Kim Jiyoung, née en 1982

Kim Jiyoung, née en 1982,

Nam-joo Cho,
Ed. NIL, 2020


Mot de l'éditeur :

Kim Jiyoung est une femme ordinaire, affublée d'un prénom commun - le plus donné en Corée du Sud en 1982, l'année de sa naissance. Elle vit à Séoul avec son mari, de trois ans son aîné, et leur petite fille. Elle a un travail qu'elle aime mais qu'il lui faut quitter pour élever son enfant. Et puis, un jour, elle commence à parler avec la voix d'autres femmes. Que peut-il bien lui être arrivé ?

En six parties, qui correspondent à autant de périodes de la vie de son personnage, d'une écriture précise et cinglante, Cho Nam-joo livre une photographie de la femme coréenne piégée dans une société traditionaliste contre laquelle elle ne parvient pas à lutter. Mais qu'on ne s'y trompe pas : Kim Jiyoung est bien plus que le miroir de la condition féminine en Corée - elle est le miroir de la condition féminine tout court.


Ma lecture :

LE roman sur la condition féminine en Corée à travers une voix : celle de Kim Jiyoung, jeune femme bien ancrée dans son époque.  

dimanche 17 mai 2026

D'autres printemps

D'autres printemps,

Virginie Grimaldi,
Ed. Flammarion, 2026


Mot de l'éditeur :

Flora vient de voir son plus grand rêve s'effondrer. Pourtant, quand on l'appelle au chevet de sa grand-mère, elle envoie tout valser pour la retrouver.

À son arrivée, Line, quatre-vingt-dix printemps, a une requête des plus surprenantes : Flora doit l'arracher à l'hôpital pour la conduire dans un petit village de Toscane. Pourquoi là-bas ? Personne ne lui connaît d'attaches en Italie. Flora hésite, mais Line insiste : c'est sa dernière volonté.

Alors, au matin, elles fuguent. Embarquée dans un road trip insolite, Flora ignore la vraie raison de ce voyage et l'ampleur du secret qu'elle s'apprête à découvrir. L'une roule vers son passé, l'autre vers son avenir : grand-mère et petite-fille ont des choses à se dire.

Elles n'imaginent rien de ce qui les attend au bout du chemin, là où l'histoire a commencé.


Ma lecture :

Préparez les Spritz, les pastas et les mouchoirs : Virginie Grimaldi nous embarque pour un magnifique road trip au cœur de l’Italie et des liens familiaux.

Quand sa grand-mère Line, 90 ans, demande à Flora de l'enlever de sa maison de retraite pour l'emmener en Toscane, elle ne comprend pas sa lubie. Pourquoi l'Italie ? Line va tout lui expliquer, à commencer par son véritable prénom : Carmela.

Commence alors un road trip magnifique vers l'enfance secrète de la vieille femme, entre Méditerranée, secrets, deuils impossibles et rires. Elle n'a pas mis les pieds en Italie depuis près de soixante-dix ans, et revoir les lieux de son enfance l'émerveille autant que cela l'attriste. Il lui faudra bientôt pousser des portes, épaulée par sa petite-fille, et entendre des réponses. Que sont devenus sa mère et son petit frère Ezio ?

Flora découvre ainsi tout un pan de la vie de sa grand-mère et ses racines italiennes. Cela passe par les paysages, la gastronomie et des liens familiaux à recréer. La mémoire familiale se recompose sous nos yeux, comme les pièces d'un puzzle égaré depuis des décennies.

Mais ce voyage n’est pas seulement celui de Carmela. Parallèlement à ce road trip, Flora est en plein cheminement intérieur et fait face à un deuil symbolique : celui de devenir mère.

Nous ne sommes ni dans un drame italien ni dans une commedia dell’arte ; nous sommes dans un roman de Virginie Grimaldi, qui sait traiter avec pudeur et subtilité des thèmes difficiles, mais aussi alléger les émotions par un fou rire salvateur. Nous sommes alors attablés dans une trattoria italienne, où l'on rit et où l'on pleure en même temps, où le vin coule à flot sur des plats enivrants.

J’ai adoré ce road trip entre cette grand-mère et sa petite-fille, terriblement attachantes, ainsi que cette (re)découverte de l’Italie, entre souvenirs sépia et émerveillements colorés. Un roman lumineux sur les origines, les transmissions familiales et ces printemps que l’on croit perdus, mais qui finissent parfois par refleurir.

Et mention spéciale au Vivo per lei 🤗


mercredi 13 mai 2026

Le jardinier et la mort

Le jardinier et la mort,

Guéorgui Gospodinov,
Ed. Gallimard, 2025


Mot de l'éditeur :

C`est l`histoire d`un jardinier en Bulgarie, un homme né à la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui avait connu le communisme puis son effondrement. Un homme qui soignait son potager avec constance, qui guettait les bourgeons sur le point d`éclore, qui détachait délicatement des feuilles de menthe verte pour les disposer sur des tranches de tomates cueillies de sa main. Cet homme était le père du narrateur, qui vit un immense chagrin au moment de se retrouver orphelin. Comment dire à son père l`amour qu`on lui porte ? Comment devenir à son tour celui qui raconte les histoires et fait poindre de nouvelles racines ? 

Avec ce livre très attendu après Le pays du passé, Guéorgui Gospodinov nous invite à écouter la musique silencieuse de la pudeur des sentiments paternels et à observer quels sont les trésors véritables que l`on peut transmettre à son fils. Le grand écrivain bulgare nous offre le portrait délicat d`une relation à la fois unique et universelle, où les mots entrelacent l`amour et le souvenir, et continueront, comme les fleurs, de renaître à chaque printemps.


Ma lecture :

« Les fleurs ne sont-elles pas les périscopes secrets des morts qui gisent sous elles et observent le monde à travers leurs tiges ? »

dimanche 10 mai 2026

Nous irons mieux demain

Nous irons mieux demain,

Tatiana de Rosnay,
Ed. Robert Laffont, 2022


Mot de l'éditeur :

Mère célibataire de vingt-huit ans, ébranlée par le décès récent de son père, Candice Louradour mène une vie sans saveur. Un soir d’hiver pluvieux, à Paris, elle est témoin d’un accident de la circulation. Une femme est renversée et grièvement blessée.

Bouleversée, Candice lui porte assistance, puis se rend à son chevet à l’hôpital. Petit à petit, la jeune ingénieure du son et la convalescente se lient d’amitié.

Jusqu’au jour où Dominique demande à Candice de pénétrer dans son appartement pour y récupérer quelques affaires.

Dès lors, tout va basculer…

Pourquoi Candice a-t-elle envie de fouiller l’intimité d’une existence dont elle ne sait finalement rien ? Et qui est cette Dominique Marquisan, la cinquantaine élégante, si solitaire et énigmatique ?

Nous irons mieux demain retrace le chemin d’une femme fragile vers l’acceptation de soi, vers sa liberté. Il fait aussi écho aux derniers mots d’Émile Zola, le passager clandestin de cette histoire.


Dealer : Boîte à livres


Ma lecture :

Nous irons mieux demain, le genre de roman que l'on n'a pas envie de terminer, bercés par l'écriture élégante de Tatiana de Rosnay et intimidés par les secrets qu'on pourrait découvrir...

À Paris, Candice, jeune trentenaire, est témoin de l'accident de Dominique : un chauffard vient de la renverser. Elle va perdre sa jambe. Bouleversée par cette scène, la jeune femme s'approche de la victime et la suit jusqu'à l'hôpital. Entre Candice et la cinquantenaire va naître une amitié rare, bientôt dangereuse lorsque Dominique lui demandera d'aller dans son appartement récupérer quelques affaires pour sa convalescence. La jeune femme, pénétrant dans l'antre de sa nouvelle amie, va y découvrir des secrets bien gardés...

J'ai beaucoup, beaucoup, aimé ce roman. L'intrigue se tisse au fil des pages, au fil de ce que l'on apprend sur les failles des personnages. Candice, mère célibataire, souffre de troubles alimentaires depuis son adolescence et a toujours réussi à ignorer et dissimuler ce problème. Elle va aussi découvrir un secret autour de son père, décédé un an plus tôt. Et c'est dans ce trouble émotionnel que Dominique va s'engouffrer. Elle va combler les brèches en apportant, à son tour, un soutien à la jeune femme. Un soutien qui devient obsession puis maniplation.

Il y a donc les secrets et les failles des personnages.
Et un fil rouge : Émile Zola, cher à l'autrice. Zola est présent dans les murs, les lettres, les romans que Dominique fait découvrir à Candice.

Un roman bien ficelé : Tatiana de Rosnay nous prend par la main et nous emmène avec elle dans les rues de Paris et dans l'intimité de deux femmes en proie à leurs secrets et à leurs failles. L'écriture sensible et élégante de l'autrice nous transporte facilement d'une rive à l'autre.

Un coup de cœur, assurément !

mercredi 6 mai 2026

Jour de ressac

Jour de ressac,

Maylis de Kerangal, 
Ed. Gallimard, 2024


Mot de l'éditeur :

"Finalement, il vous dit quelque chose, notre homme ? Nous arrivions à hauteur de Gonfreville-l'Orcher, la raffinerie sortait de terre, indéchiffrable et nébuleuse, façon Gotham City, une autre ville derrière la ville, j'ai baissé ma vitre et inhalé longuement, le nez orienté vers les tours de distillation, vers ce Meccano démentiel. L'étrange puanteur s'engouffrait dans la voiture, mélange d'hydrocarbures, de sel et de poudre. Il m'a intimé de refermer, avant de m'interroger de nouveau, pourquoi avais-je finalement demandé à voir le corps ? C'est que vous y avez repensé, c'est que quelque chose a dû vous revenir. Oui, j'y avais repensé. Qu'est-ce qu'il s'imaginait. Je n'avais pratiquement fait que penser à ça depuis ce matin, mais y penser avait fini par prendre la forme d'une ville, d'un premier amour, la forme d'un porte-conteneurs."


Dealer : Livres in room, Saint-Pol-de-Léon (29)


Ma lecture : 

J'ai demandé à ma libraire un livre de poche avec une belle écriture : elle m'a tendu Jour de ressac et m'a offert une déambulation fantomatique au cœur du Havre. 

mardi 5 mai 2026

Qui a volé mes jambes ?

Qui a volé mes jambes ?

Jonathan Lambert,
Ed. Seuil, 2026


Mot de l'éditeur :

Vincent Moltenne, comptable aux cheveux gras et à l'imperméable en Tergal, mène une vie paisible avec une paire de jambes de mannequin. Ensemble, ils s'adonnent à des séances photos coquines en hommage au photographe surréaliste Pierre Molinier, connu pour ses photomontages érotiques. Une vie de couple somme toute ordinaire, jusqu'à ce que les jambes disparaissent. Qui a bien pu les voler? Et comment survivre quand on vous retire votre moitié? Vincent Moltenne enquête, aidé d'un commissaire corse retiré des affaires depuis qu'il est cloué dans son fauteuil roulant. Les cadavres s'accumulent et une série d'indices troublants les mèneront jusqu'au final aux multiples rebondissements.

Dans ce roman-photo à l'humour "lambertien", des invités qui sont autant d'amis viennent faire un clin d'oeil: Fred Testot, Valérie Lemercier, Vincent Dedienne, Kyan Khojandi, Thaïs Vauquières, Nadia Roz, Lilou Fogli, et quelques surprises...


Dealer : Livres in Room, Saint-Pol-de-Léon (29)


Ma lecture :

Après les succès de Guacamole Vaudou ou  de Couple, les éditions du Seuil n'en finissent plus de dépoussiérer le roman photo !

Qui a volé mes jambes ? 

lundi 4 mai 2026

Les deux soeurs

Les deux sœurs,

Cathy Bonidan,
Ed. La Martinière, 2025


Mot de l'éditeur :

Depuis son plus jeune âge, Barbara prend soin de sa sœur Edwige, dont l’enfance traumatisée ne cesse de la poursuivre – au point de mettre de côté sa propre vie. Jusqu’au jour où les deux sœurs quittent leur Normandie natale pour le petit village de Sainte-Colombe, dans les Hautes-Alpes.

Au creux des montagnes, elles prennent un nouveau départ : Edwige est accueillie à bras ouverts, se passionne pour l’écriture et, bientôt, son état psychologique se stabilise. Barbara, quant à elle, tisse de nouvelles amitiés. Soutenues par leur tante et la petite communauté, les deux sœurs tentent de se reconstruire. Mais le passé d’Edwige n’a pas fini de se rappeler à elles. Barbara, tiraillée entre le besoin de protéger sa sœur et son propre désir d’indépendance, doit faire face à des choix difficiles.

Entre les liens indéfectibles de deux sœurs et les mystères d’un village montagnard, Cathy Bonidan explore, avec une justesse rare, les liens familiaux et la résilience face à l’adversité et aux secrets familiaux, dans un cadre aussi chaleureux qu’intrigant.


Ma lecture : 

Et si vos souvenirs vous mentaient… jusqu’à vous détruire ?

À cœur de la montagne, deux sœurs vont devoir faire face à leurs secrets… 

samedi 2 mai 2026

Comment se débarrasser de ses enfants

Comment se débarrasser de ses enfants,

Michaël Escoffier & Amandine Piu, 
Ed. Balivernes, 2026


Mot de l'éditeur :

Inutile de se mentir : on aime tous nos enfants. Mais il faut bien reconnaître que, parfois, les enfants, c’est fatigant. Ça court partout, ça crie, ça bave, ça ne sait rien faire tout seul et ça se croit tout permis. De quoi se retrouver rapidement au bout du rouleau... Rassurez-vous : il existe des solutions pour retrouver un peu de calme à la maison. Avec un humour noir jubilatoire et des situations absurdes illustrées avec brio, Michaël Escoffier et Amandine Piu signent un faux guide parental hilarant, proposant différentes méthodes délicieusement improbables pour "se débarrasser" de ses chers petits. Un album qui détourne les codes de l’éducation, à lire à voix haute... ou à glisser dans le placard, juste à côté du chocolat.


Dealer : SP Balivernes, merci !


Ma lecture : 

Comment se débarrasser de ses enfants

Gnark, gnark, gnark ! 

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