Fleurs de ruine,
Patrick Modiano,Ed. Seuil, 1991
Mot de l'éditeur :
24 avril 1933.
Deux jeunes époux se suicident dans leur appartement parisien pour de mystérieuses raisons.
Cette nuit-là ils auraient fait la connaissance de deux femmes, de deux hommes, fréquenté un dancing, pénétré dans une maison pourvue d'un ascenseur rouge.
Trente ans se sont écoulés. Le narrateur s'interroge sur leur histoire dont certains protagonistes semblent avoir croisé la sienne. Interrogation qui, en écho, en suscite d'autres.
Fantômes entrevus, explications jamais venues. Silhouettes, prénoms aspirés par le temps. Paris, aussi, surtout. Perdu, poursuivi, redessiné.
Ma lecture :
Le challenge du club de lecture, ce mois-ci, est de lire un roman de moins de 200 pages. L’occasion était trop belle de piocher dans un des Modiano que je n’avais pas encore lu : Fleurs de ruine.
Avec Modiano, peu importe l’intrigue de départ. Ici, c’est la disparition, trente ans plus tôt, d’un couple dans un hôtel parisien. Mais très vite, l’enquête devient surtout une balade embrumée dans le Paris de l’auteur.
Le narrateur, sous le prétexte de retracer les dernières heures de ce couple suicidaire, nous offre une déambulation dans un Paris brumeux, fantomatique, où les façades des immeubles des années 30 se superposent aux façades actuelles. Les noms des rues se succèdent, se remplacent, se brouillent, si bien que le lecteur finit lui aussi par se perdre. Mais quelle belle errance !
Les témoins du couple ont, eux aussi, disparu. Alors c’est Paris, son brouillard et ses fantômes que l’on interroge. Évidemment, il y a plus de questions que de réponses. Nous sommes à la croisée de la fiction et de la réalité, dans un espace-temps qui n’existe pas vraiment. Dans un Paris de carte postale, un Paris d’almanach où tout semble possible.
C’est cela que j’aime chez Modiano. Ce Paris embrumé, embué, qu’un éternuement littéraire parvient à ranimer. Le passé se superpose au présent, comme l’imagination balaie la réalité. Il ne s’y passe finalement pas grand-chose, mais qu’il est délicieux de siroter ce brouillard. C’est doux. Rassurant.
Peu importent les torpeurs du monde : ce brouillard modianesque est un véritable refuge.
Un refuge de moins de 200 pages. Et finalement, c’est peut-être tout ce qu’il me fallait !










