jeudi 5 mars 2026

La fabrique des mots

La fabrique des mots,

Erik Orsenna,
Ed. Actes Sud, 2013


Mot de l'éditeur :

Après La grammaire est une chanson douce (2001), Les Chevaliers du subjonctif (2004), La Révolte des accents (2007) et Et si on dansait ? (2009), La Fabrique des mots clôt la balade d’Erik Orsenna au pays de la grammaire française.

" Il y a des histoires qui sont des déclarations de guerre. Voilà pourquoi, moi, Jeanne, je me suis tue. J'ai préféré attendre que le temps passe. J'étais petite, à l'époque, dix ans et quelques mois. Mais l'heure est venue de parler ". L'ignoble Nécrole a encore frappé.

L'objet de sa bataille ? Les mots. Il y en a trop, beaucoup trop. Pour faire taire tous les incurables bavards, tous les poètes, tous les chanteurs, tous les raconteurs d'histoires, tous les amoureux qui disent et redisent leur flamme, tous les humiliés qui protestent, tous les journalistes qui révèlent et, trouve-t-il, polluent de leurs nuisances sonores jusqu'à la nuit, Son Excellence le très distingué Président à vie a édité une liste, pompeusement intitulée " Circulaire VIII.2012.3917 ", celle des trente mots désormais autorisés.

Pour Mlle Laurencin et les élèves de CM2 de l'école Simon-Bolivar, c'est décidé, la guerre est déclarée. Parmi les escales de cette croisade sur terre et sur mer bientôt suivie par l'île tout entière, on apprendra comment le Palais de justice fait les choux gras de deux brasseries aux drôles de spécialités et ce que le Pays de Tendre dit de l'amour, on découvrira qu'une salle de classe et un centre de stratégie militaire ne sont pas si éloignés et qu'une ancienne mine d'or peut renfermer bien plus précieux que le plus précieux des métaux.

Amis ou ennemis de Jeanne, en campagne ou non contre l'ignorance, on croisera le chemin d'une petite foule d'êtres et de créatures, parmi lesquels un élégant, trois jeunes à capuches, des pompiers, un Capitan accablé et très prolixe en anecdotes, un brochet plus vrai que nature, deux vieilles soeurs aussi virulentes qu'érudites, un certain M. Henri et, toujours, la furie de Nécrole...

Plus de dix ans après sa première déclaration d'amour à la grammaire, Erik Orsenna ne pouvait conclure qu'en explorant la fabrique des mots.
- Qui les crée ?
- D'où viennent-ils ?
- Comment combinent-ils leurs origines ?
- A-t-on le droit d'en inventer de nouveaux ?
- Si l'anglais domine toutes les autres langues, nos mots à nous seront-ils réduits à l'esclavage ?
À toutes ces questions, Jeanne répond, une fois de plus, et raconte ses aventures au sein de cette mystérieuse fabrique.


Ma lecture : 

C’est toujours un plaisir de retrouver Jeanne et sa classe, en voyage au pays de la langue française. La grammaire, les accents, le subjonctif… presque plus rien n’a de secret pour elle. Sauf les mots : d’où viennent-ils ? 

Sur son île, le dictateur Nécrole trouve ses administrés bien trop bavards. Il décide alors de prendre une mesure étonnante : interdire la majorité des mots du dictionnaire pour n’en garder que douze verbes. Les mots étrangers ? Dehors ! Les mots d’argot ? Oust !
Mais comment penser et transmettre sa pensée sans les mots ?

Dans ce conte malicieux, Erik Orsenna nous entraîne une nouvelle fois dans un formidable voyage au cœur des mots et de leur fabrication.
S’il existe près de 100 000 mots dans la langue française, nous n’en utilisons, tout au plus, que 5 000. Certains sont adoptés, d’autres disparaissent. Le sens de certains mots glisse vers un autre et leur offre une nouvelle vie. Tout cela est fascinant !

Magistral.
Ludique.
Tendre.
Instructif.
Une merveille pour les amoureux de la langue française… et pour tous ceux qui aiment s’émerveiller du pouvoir des mots.


Avis des lecteurs:

Et vous, qu'en pensez-vous ?

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