Folcoche,
Emilie Lanez,Ed. Grasset, 2025
Mot de l'éditeur :
Tout le monde a lu Vipère au Poing, premier roman d’Hervé Bazin. Chacun se souvient du récit poignant de son enfance martyre sous la férule de sa mère, la méchante Folcoche (« folle » et « cochonne »). Depuis 1948, le livre est conseillé par les enseignants, lu par des générations de collégiens : il s’est vendu à plus de cinq millions d’exemplaires, a été adapté deux fois au cinéma et vendu dans le monde entier. Roman d’apprentissage, cri de douleur d’un adolescent mal aimé, il a trouvé sa place dans notre patrimoine littéraire et dans notre imaginaire collectif. On lit Vipère au poing pour aller vers l’âge adulte. Et c’est ainsi qu’il a permis à son auteur, Hervé Bazin, de briller sur le monde des lettres jusqu’à devenir le président de l’académie Goncourt.
Voici pour la légende. Car tout est faux. Tout. Intriguée par cette mère haïe de tous et comme un contre-modèle à l’adolescence en crise, Emilie Lanez a enquêté : exhumant les archives policières et les correspondances familiales, retrouvant des témoins de l’époque, elle nous livre une autre histoire, un contre-récit vertigineux qui est l’histoire d’un féminicide littéraire.
Avant d’être un écrivain célèbre, l’auteur de Vipère au Poing fut un adolescent puis un jeune adulte menteur, qui fugue, vole sans discontinuer, escroque, menace... Poursuivi par la police, condamné par les tribunaux, privé de ses droits, il est interné en psychiatrie plusieurs fois et condamné à des années de prison. Sa famille, notables de province, panique. Surtout sa mère, Paule Hervé-Bazin. Avec maladresse, et rudesse, elle tente tout pour sauver son fils. Qui va la condamner au silence en faisant d’elle un monstre de papier : Folcoche.
À travers l’exploration des archives, Emilie Lanez révèle une famille dévastée par la littérature et comme figée pour l’éternité. Avec ses secrets, ses mensonges, son talent, ses hivers à la centrale de Clairvaux, puis sa gloire éclatante, Hervé Bazin est un personnage de roman fascinant – qui lui est enfin offert ici.
Une enquête hors du commun.
Ma lecture :
Folcoche... Ce nom résonne dans ma mémoire de jeune lectrice, lectrice de Vipère au poing. Je me souviens aussi de Catherine Frot, prêtant ses traits, plus austères, à cette marâtre.
On croyait la connaître, Folcoche. La mère cruelle, glaciale, inhumaine d'Hervé Bazin. Un monstre gravé dans la mémoire littéraire. Et si tout n’était pas si simple ?
Dans cette enquête brève et troublante, Émilie Lanez rouvre le dossier. Derrière le mythe façonné par Hervé Bazin, apparaît une femme réelle, Paule Hervé-Bazin. Elevée à la dure, sans sentimentalisme, c'est ainsi qu'elle a élevée ses enfants, n'hésitant pas, en pleine Grande Guerre, à les laisser à la famille pour mener la belle vie et suivre son mari à Shangaï. Le jeune Hervé Bazin, enfin, Jean, puisqu'en fait, Hervé-Bazin est le patronyme familial, lui en tirera toute sa vie rigueur (à raison, d'ailleurs). Mais était-elle cette vipère ou simplement prisonnière d’un récit écrit contre elle car Vipère au poing est bien présenté comme une autobiographie de la part de l'auteur.
Archives, témoignages, contradictions : peu à peu, la légende se fissure, et la vérité devient trouble. Qui raconte ? Qui déforme ? Qui possède l’histoire familiale ?
On en apprend beaucoup sur le passé d'Hervé Bazin, ses "petits écarts" oubliés des journalistes et du monde littéraire. Pendant sa jeunesse, il a écumé des prisons et hôpitaux psychiatriques, et les années 40 laissent un flou amer dans sa biographie. Le vernis craque autour de cet illustre figure littéraire, qui a été jusqu'à être président de l'Académie Goncourt. Et Folcoche dans l'histoire : vengeance, exagération, quête d'une aura littéraire ?
Ma lecture aura semé le doute sur le mythe de Vipère au poing, ternissant l’image de l’auteur tout en nuançant la noirceur de la mère. Je n’en ressors pas avec des certitudes , les arguments restant fragiles, mais j’ai beaucoup aimé cette enquête minutieuse, à cette patiente décortication, qui m’a véritablement captivée.
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