mardi 4 septembre 2018

Juste puni

 

  Rentrée littéraire 2018


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Juste puni,

Anaïs W,
Ed. Véridice, 2018


Mot de l'éditeur :

« Aujourd’hui, je suis résigné à ce que ma vie soit un enfer. Chaque jour, j’encaisse ainsi les coups, les insultes et cache mes marques aux yeux des autres. Après tout, je ne suis pas battu, mais juste puni pour avoir détruit l’existence de mon père. »
À 17 ans, Mathieu en est convaincu, il n’a pas le droit au bonheur, jusqu’au jour où il fait la rencontre d’Amory et cède à cette amitié inattendue.
Mathieu va alors se retrouver déchiré entre son père qui le ramène sans cesse à sa place de chien, et Amory et sa famille qui s’efforcent de lui faire ouvrir les yeux sur l’absurdité de cette situation.
Au milieu de la tourmente, quelle vérité Mathieu choisira-t-il ?



Dealer : Partenariat relecture/correction avec Anaïs W



Ma lecture : 


Lorsque Mathieu arrive à Hilare, il n’imaginait pas une seconde que sa vie allait basculer. Basculer dans le bon sens, devrai-je dire. Car basculer, sa vie l’a fait depuis qu’il est enfant. Son père le bat constamment et le prive de tout plaisir. Pourquoi ? Il le sait vaguement mais accepte sa condition d’enfant puni. C’est normal pour lui, il a toujours vécu ça, les coups, les brimades, les humiliations. Et sa mère dans tout ça ? Justement. Sa mère. Son père lui ressasse qu’il l’a tuée, qu’il doit payer pour cela, qu’il est responsable et qu’il ne mérite pas de vivre un seul jour qui passe.

Dans Juste puni, Anaïs W. explore un univers difficile : celui de l’enfance volée et bafouée. J’avais peur d’entrer dans un roman trop sombre, mais elle a réussi à bien exploiter et doser ses personnages. Au centre, nous avons Mathieu et son père Ludovic qui vivent un enfer psychologique et physique : le fils paye quasiment chaque jour pour la mort de sa mère et la culpabilité d’avoir brisé la vie rêvée de son père, et le père n’accepte pas de vivre sans sa femme. Leur histoire est terriblement douloureuse, irrespirable. Mais autour de ce duo trop souvent en duel, il y a la vie que Mathieu a réussi à saisir. La vie ! Lui qui ne la méritait pas, parvient, à 17 ans, à en saisir des bribes. Il découvre l’amitié, la compassion, bientôt l’amour. Autour de ce sombre duo, Amory, Amandine, Eric, Quentin, Paul et Véronique sont lumineux et insufflent ainsi à Mathieu le peu de lumière qu’il ose prendre.

Ludovic battait physiquement son fils mais l’avait également conditionné psychologiquement pour qu’il ne parle pas. Comment dénoncer un acte jugé normal par la victime ? Bien au contraire, Mathieu a très bien compris qu’il ne méritait de vivre, il a très bien compris qu’il avait brisé la vie de son père, il a très bien compris que sa propre vie finirait vite sous les coups de son père.
Mais pourtant qu’a-t-il fait ? Comment a-t-il tué sa mère ? En la poussant dans les escaliers ? Sur une pulsion meurtrière ? Qui est-il pour avoir fait cela ? Qui est-il pour n’avoir aucun, vraiment aucun, souvenir de sa mère ? Qui est-il pour faire souffrir son père, jour après jour, par sa simple présence ? L’adolescence de Mathieu est terrible : ses questionnements ne trouvent jamais réponse, son père ne veut jamais lui parler de sa mère, et s’il pose trop de questions, c’est sa ceinture qui se déferle, tel un tsunami, sur ses côtes.
Peu à peu, ses nouveaux amis découvrent son secret d’enfant battu et essayent tant bien que mal de l’aider. Mais là encore, difficile d’aider quelqu’un qui protège toujours son bourreau…
Dans ce nouveau roman, Anaïs W. affine la psychologie de ses personnages : Ludovic le père bourreau n’est pas totalement noir, Mathieu vit un enfer, bien sûr physique, mais surtout psychologique entre l’acceptation de sa condition et l’envie de s’en sortir. Elle mène avec brio un suspens au sujet de la mort de Jeanne, la mère de Mathieu : on attend avec lui le dénouement : qu’a-t-il pu bien faire à sa mère pour qu’elle ne lui laisse aucun souvenir ? L’auteur ne se limite pas à un suspens sur un personnage, mais en introduisant Paul, le père d’Amory, le meilleur ami de Mathieu, elle distille petit à petit un passé mystérieux et, semble-t-il douloureux. Pourquoi Paul tient-il tant à aider Mathieu, et pourquoi parvient-il à si bien le comprendre ?

Depuis son premier roman, Au-delà des tours, que j’avais trouvé trop sombre, irrespirable, Anaïs W. a réussi à trouver le juste milieu entre des situations douloureuses et des bribes de lumières. A chaque roman, elle affine son dosage pour un équilibre dramatique réussi et cohérent. Elle alterne des passages incisifs et des passages plus lyriques, entre ombre et lumière. C’est tout à fait cela, la force de Juste Puni.
Autant les lecteurs d’Au-delà des tours que de L’espoir au corps trouveront leur compte avec ce roman, certes sombre, mais constellé d’étoiles bienveillantes.

JustePuni commence sur bien des interrogations. Le voile, ou les voiles, se soulèvent peu à peu pour, enfin, se lever complètement. L’ombre joue à cache-cache avec la lumière, comme le malheur avec le bonheur. Peuvent-ils cohabiter ? Ou l’un doit forcément prendre le dessus sur l’autre ? Peut-on espérer une vie meilleure lorsque l’on a eu une enfance brimée physiquement et psychologiquement ?



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