jeudi 4 août 2016

Anaïs W.







Bonjour Anaïs, 

Tu as publié deux romans, Au-delà des tours, et Debolis Héyavé en auto-édition. Je les ai lus tous les deux, le premier en lecture normale, le second en mode relecture. Cette dernière aventure a été, pour moi, très riche.
Peux-tu prendre quelques minutes afin de répondre à ces questions très indiscrètes ?
Merci !





...La Lectrice


Quelle est ta première grande découverte littéraire ?
Je ne sais pas si c’est un « grand » livre, mais le premier livre qui m’a fait définitivement tomber dans la lecture c’est « Harry Potter ». Je me souviens du jour où j’ai découvert cette histoire comme si c’était hier : c’était à l’époque du collège, je suis allée passer l’après-midi chez une copine, elle lisait le premier tome. J’en ai parlé avec elle, elle était passionnée et ça m’a donné envie d’en savoir plus alors je lui ai emprunté… Je ne lisais pas avant, pas régulièrement du moins. Et là, j’ai été littéralement envoûtée ! J’ai dévoré les tomes un à un et j’ai commencé à lire tout ce qui me tombait sous la main : les livres de ma mère (« Bridget Jones » !) et ceux de mes amis (« Quatre filles et un jean »)… Bref, donc première GRANDE découverte littéraire : Harry Potter :-)





Quel est le livre dont tu ne souhaites pas te séparer ?

 « Rapporteur de Guerre », de Patrick Chauvel, sans hésitation. C’est difficile pour moi d’expliquer ce que ce livre représente. C’est pareil, je me souviens très bien arpenter le rayon livre de Carrefour en attendant mes parents et voir la couverture de celui-ci. Aussitôt ai-je lu la quatrième de couverture, je l’ai adopté. Honnêtement en dix ans, j’ai dû le lire au moins cinq fois. J’aime les histoires réalistes, profondes de sens et d’histoire. J’ai une véritable admiration pour Patrick Chauvel, son travail de journaliste de guerre avant tout, et ses écrits. J’aime tellement son style d’écriture, le rythme qu’il pose naturellement page après page décrivant l’horreur sans tomber dans des excès dramatiques et trash. J’aime son histoire, prenante et bouleversante, la façon dont il la raconte avec recul et  précaution, tout en restant dans l’émotionnel : c’est un récit après tout, son vécu, sa vie ! Et j’aime tout ce que ce livre représente sur le monde au-delà de nos frontières, cette réalité brutale que les gens vivent, loin de nous. Une petite piqûre de rappel.



Quel est le livre que tu as honte de ne pas avoir lu ?

 Aucune idée ! Je n’ai honte de rien concernant les livres. Je reconnais avoir une faible connaissance de la grande littérature française, et si j’ai lu des livres classiques, j’ai une mémoire de poisson pour les choses qui ne m’ont pas passionnée. J’aime les mots, les lettres, les histoires mais peu m’importe leur époque, leur popularité, ce qui compte le plus c’est la façon dont les textes me parlent et m’inspirent.


Quelle est la perle méconnue que tu souhaiterais faire découvrir à nos lecteurs ?

 Bien sûr, je vous invite à découvrir Patrick Chauvel ! Mais pour jouer le jeu, je vais vous proposer une autre perle, peut-être un peu moins méconnue… Attention, c’est une perle noire !
Pendant mon adolescence, je lisais énormément de livres de la collection 10/18. J’ai notamment découvert, au hasard des rayons d’une librairie où j’aimais flâner, le livre « Rafael, derniers jours » de Gregory Mcdonald. Cela remonte à loin maintenant, mais j’ai un très fort souvenir des émotions que ce livre m’a procurées. Il représente les lectures qui me faisaient vibrer à l’époque : des histoires humaines, souvent sur la misère et la dure réalité de la vie de certain. Juste une parenthèse, c’était tout mon problème à l’adolescence : j’étais révoltée par mon impuissance face aux malheurs des autres, du monde en général. C’était un sentiment très difficile à expliquer et à comprendre. Qu’importe, « Rafael, derniers jours » c’est une histoire atroce et choquante, sur les Snuff films, ces vidéos ou longs-métrages clandestins des années 70 : une personne - Rafael ici, pour sortir sa famille de la décharge dans laquelle elle vit - décide contre une somme d’argent de se faire torturer et tuer devant une caméra. Le livre retrace ces 3 derniers jours de vie de Rafael.
Je m’en veux un peu de partager avec vous ce livre d’une extrême noirceur mais mince, la littérature, c’est aussi ça, pas seulement des romances et du fantastique…


Et en ce moment que lis-tu ?

 Ces derniers mois, je n’ai pas beaucoup lu ou seulement des livres sur le développement personnel (Napoléon Hill par exemple). Récemment pourtant, je me suis remise à la lecture pour le plaisir. Je viens juste de finir : « Plus fort que la haine » de Tim Guénard, l’autobiographie poignante de cet homme qui dès son plus jeune âge a été abandonné par sa mère et battu à mort par son père… Une histoire triste encore mais pas que, Tim Guénard est un battant, et il nous enseigne l’importance du pardon.





...L'Ecrivain


Quel est ton cadre idéal pour écrire ? Environnement visuel, sonore, psychologique,…
Et comment fais-tu pour concilier l’écriture avec ta vie familiale et professionnelle, en tant que jeune auteur ?
Parle-nous un peu de tout ça…

 Pour moi écrire est un exercice douloureux… Lorsque j’écris, je deviens vite très asociale. Mes histoires me prennent en otage jusqu’à ce que je les termine… C’est encore le cas si je ne fais pas attention, mais aujourd’hui, j’ai un conjoint et des projets à bâtir, alors j’écris avec précaution. Je veux pouvoir passer du temps avec mon ami sans avoir la tête dans les étoiles (après nous nous disputons car je n’écoute pas !).
Lorsque je octroie enfin « le droit » d’écrire, je m’isole complètement. Je mets de la musique, de préférence avec des écouteurs, je m’installe à mon bureau (essentiel !), je prends une profonde inspiration… et je plonge. Je déverrouille la moindre émotion et m’en imprègne. Psychologiquement, je me laisse absorber complètement par l’histoire et mes personnages. Je deviens eux, nous ne faisons plus qu’un. C’est pour cela que je préfère écrire le soir, même si je suis plus en forme le matin : après une bonne nuit de sommeil, je redeviens moi-même, alors que si j’écris le matin, je passe ma journée groggy entre deux mondes. Pendant la journée, je préfère réfléchir à l’histoire dans son ensemble, à des passages où je suis bloquée, me dessiner les événements… ainsi le soir, je n’ai plus qu’à me laisser ensevelir par mes émotions. Fait-il encore que je daigne m’arrêter car il est très fréquent que je me relève, trente minutes après m’être couchée ! Je suis surexcitée lorsque j’écris :-)


Pourquoi l’auto-édition ?

 Je n’ai pas essayé de contacter de maisons d’édition car ce n’était pas mon objectif au tout début. Je me suis tout de suite lancée dans l’auto-édition, c’était un challenge : mon premier roman était (et l’est toujours) un projet très personnel que je voulais porter jusqu’au bout. J’ai pensé que plus tard, une fois mon lectorat trouvé, une liste de chroniques et des commentaires, je pourrais envoyer des manuscrits en ayant des arguments… à moins qu’un éditeur ne me contact avant ! :-)
J’en profite pour revenir rapidement sur le discours que je tenais lors de mes premières interviews. Je disais que je n’avais pas cherché d’éditeurs car je ne voulais pas que des personnes mettent leur nez dans mes histoires. Cela est assez extrémiste et me ferme des portes ! La vérité, mieux formulée, c’est que je n’en ai pas cherché car ce n’était pas ma priorité. Je suis ouverte à la critique, bien sûr ! Je suis ouverte aux propositions et améliorations. Il est clair que je ne souhaite pas reprendre mon texte de A à Z, modifier l’histoire pour qu’elle corresponde à une mode… je serais bien entendue d’accord pour améliorer des passages (certains en ont très certainement besoin !) et remettre un peu d’ordre si nécessaire, mais tout cela dépend de l’objectif final : amélioration ou formatage ?


Ta maison d’édition de rêve : pourquoi ?

 Je n’ai pas une maison d’édition idéale en tête, car comme je le disais, je n’ai pas vraiment consacré de temps à cette question. Si je devais choisir une maison d’édition, j’aimerais être sûr qu’elle m’offrira plus de moyens que ce que mon travail quotidien d’auteur indépendante m’offre. J’imagine que pour cela la maison d’édition doit être assez importante, mais pas trop non plus : j’aurais trop peur qu’elle cherche à suivre une ligne éditoriale et me force à rentrer dans un moule dont je ne veux pas. C’est difficile, car il y a aussi la question de la rémunération… quelle balance entre céder à la facilité de laisser un éditeur tout gérer et de récolter des miettes de notre œuvre vs. donner un maximum de soi et garder les petits bénéfices comme récompense de notre dur travail ?

Tu as le droit d’ajouter deux autres questions, pour parler de ce dont tu as envie.
Scène ouverte, en quelque sorte !


As-tu un nouveau projet d’écriture ?

 J’ai un projet fou pour le 1er décembre 2016 et j’ai parfois peur de ne pas y parvenir. 1er décembre, ça vous dit quelque chose ? Journée mondiale de la lutte contre le SIDA. J’avais cette histoire sur mon ordinateur et l’idée a soudain germé : je vais le faire, je vais la publier et ça sera pour cette date si symbolique, sur ce thème qui me tient tellement à cœur. Alors pour faire court, l’histoire tient à ceci : un homme séropositif qui ne trouve pas sa place et ne s’accepte pas, se donne une dernière chance pour s’épanouir lorsqu’il retourne dans sa ville natale, sinon, il baissera les bras. Il rencontre alors une jeune femme qui a sacrifié sa vie pour sa famille et a à charge quatre jeunes enfants. Difficile d’en dire plus alors que mon livre n’est qu’un embryon :-) Mon idée est une histoire entre ses deux personnages torturés, qui transmet, entre autres, des connaissances sur la vie des séropositifs même si cela restera en filigrane. Je reste dans mon style de prédilection, les relations humaines, au plus proche des sentiments et de cette question : quand le sort s’acharne, comment retrouve-t-on la volonté d’aller de l’avant ? Un nouveau témoignage de combativité à venir :-)


Plus de romans consacrés à l’adolescence, alors ?

 J’ai un roman qui serait parfaitement dans la lignée d’Au-delà des tours et de Débolis Héyavé, une nouvelle tranche de vie, prise sur le vif d’un adolescent tyrannisé par son père. J’aimerais beaucoup publier ce livre mais ne sais pas si j’aurais un jour les tripes nécessaires pour le terminer. L’histoire est très sombre, certaines scènes sont brutales, le développement psychologique du personnage principal me demandera beaucoup d’investissement émotionnel. Donc je ne sais pas, ça serait un challenge…


♣ Merci beaucoup Isabelle pour ces questions, pour ton aide et ton amitié. Tu fais un très joli travail avec ce blog et je te souhaite de continuer à partager ton amour des livres avec le plus grand nombre.



 En savoir plus :
Le blog d'Anaïs autour de l'écriture et de l'auto-édition
[ Les Livres d'Anaïs ]





Avis des lecteurs:

  1. Félicitation pour cette première interview! Elle est très bien menée et intéressante. Elle laisse la parole à l'auteur et c'est essentiel selon moi! Merci de nous faire découvrir Anaïs W. sous un autre angle qu'une chronique! Bonne continuation et j'espère que cette interview sera une excellente expérience pour toi et qu'elle est la première d'une longue lignée!

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    1. Merci Alexandra ! Anaïs W. nous fait l'amitié de venir jusqu'au Salon du Livre de Sibiril le 20 Novembre prochain :)

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