samedi 12 octobre 2019

Quand Hitler s'empara du lapin rose

Quand Hitler s'empara du lapin rose,

Judith Kerr,
Ed. L'Ecole des loisirs, 1985
(Cette couverture : Albin Michel, 2018)


Mot de l'éditeur :

Classique incontournable de la littérature anglaise, Quand Hitler s'empara du lapin rose raconte l'histoire d'Anna, une jeune allemande de neuf ans, qui vit à Berlin avec ses parents et son grand frère Max. Elle aime dessiner, écrire des poèmes, les visites au zoo avec son oncle Julius.
Brusquement tout change. Son père disparaît sans prévenir. Puis, elle-même et le reste de sa famille s'exilent pour le rejoindre en Suisse. C'est le début d'une vie de réfugiés. D'abord Zurich, puis Paris, et enfin Londres. Avec chaque fois de nouveaux usages, de nouveaux amis, une nouvelle langue.
Ce périple plein d'angoisse et d'imprévus est ensoleillé par la cohésion de cette famille qui fait front, ensemble, célébrant leur bonheur d'être libre.
Cette histoire, c'est celle de Judith Kerr. Elle signe avec Quand Hitler s'empara du lapin rose un roman autobiographique bouleversant, précieux témoignage de l'exil  et de la montée du nazisme à travers les yeux d'une enfant. Un roman inoubliable à lire à tout âge.



Dealer : Médiathèque de Saint-Pol-de-Léon

Ma lecture :

Cela faisait quelques temps que je voulais lire Quand Hitler s'empara du lapin rose. Le titre évoque clairement le thème : une enfant raconte la montée du Nazisme en Europe...et dans sa vie de petite fille d'origine juive. Cette petite fille est Judith Kerr, grande auteur anglaise pour la jeunesse. Elle est la maman de Mog, par exemple.

Quand Hitler s'empara du lapin rose commence au tout début des années 30 à Berlin où la famille d'Anna et Max vivent confortablement. Le papa, surnommé tendrement Vati est journaliste et écrivain célèbre, la mère, Muti, s’occupe des enfants avec l'aide la gouvernante Heimpi. Bref, tout va pour le mieux !
Mais rappelez-vous, nous sommes à Berlin, au début des années 30, et un petit homme moustachu, l'air de rien, est en train de semer les graines du Nazisme. Sa cible ? Les Juifs ! Et cette jolie famille est juive. Très vite, Vati ne peut plus travailler correctement, c'est-à-dire, écrire ses articles sans censure, pouvoir s'exprimer librement sur sa peur de la montée du Nazisme. Il décide alors de s'exiler avec sa famille. Fuir avant que les choses tournent mal, car il en est persuadé, en ces années 1932 : elles tourneront mal.

La famille est donc en exil. L'exil, c'est quitter ses amis, sa condition sociale, son pays, ses racines. C'est aussi se quitter soi-même. Mais pour vivre et revivre. Ils s'arrêtent à Zurich, au bord du lac, profitant de la neutralité suisse. Vati ne peut toujours pas travailler car l'Europe subit une crise économique, excellent berceau pour le Nazisme, d'ailleurs. Malgré sa neutralité, la Suisse abrite aussi des sympathisants nazis et la famille préfère, une fois de plus, fuir avant les ennuis.
Les voilà bientôt en France, à Paris où Vati peine toujours à trouver du travail...

Ce récit de l'exil et de la montée du Nazisme est raconté par Anna, comprenez bien Judith Kerr, petite fille de huit ans. L'histoire est dramatique, bien sûr, mais le récit en lui-même est souvent drôle. L'écriture a gardé l'innocence de l'enfance, sa naïveté, sa candeur. Elle évoque sa mère, Muti, qui jusque là, n'avait jamais cuisiné, ni fait le ménage, qui doit s'atteler, avec mal à ces tâches. Elle parle avec bienveillance de son grand frère Max qui, comme elle, progressent de manière fulgurante en français et finissent l'année scolaire avec de meilleurs résultats que les petits Français. Judith Kerr se permet même un clin d’œil au petit chat qui lui a offert le succès, en l'intégrant furtivement dans une scène.


Bref, Judith Kerr revient tendrement sur son enfance, somme toute, dramatique. Il a dû lui falloir des années pour trouver cette sérénité. La résilience, dit-on souvent. L'Histoire n'a pas achevé cette famille, car Vati était très lucide et avait toujours une longueur d'avance. L'exil est toujours mieux que la déportation... Vraiment, Quand Hitler s'empara du lapin rose, contre toute attente, est une ode au bonheur.
A lire, pour ne pas oublier ces enfants déracinés par la guerre.
Les guerres d'hier et d'aujourd'hui...
Bien sûr, c'est un coup de cœur !


Judith Kerr est décédée cette année, en 2019, en Angleterre.










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