Mon vrai nom est Elisabeth,
Adèle Yon,Ed. du sous-sol, 2025
Mot de l'éditeur :
Une chercheuse craignant de devenir folle mène une enquête pour tenter de rompre le silence qui entoure la maladie de son arrière-grand-mère Élisabeth, dite Betsy, diagnostiquée schizophrène dans les années 1950. La narratrice ne dispose, sur cette femme morte avant sa naissance, que de quelques légendes familiales dont les récits fluctuent. Une vieille dame coquette qui aimait nager, bonnet de bain en caoutchouc et saut façon grenouille, dans la piscine de la propriété de vacances. Une grand-mère avec une cavité de chaque côté du front qui accusait son petit-fils de la regarder nue à travers les murs. Une maison qui prend feu. Des grossesses non désirées. C’est à peu près tout. Les enfants d’Élisabeth ne parlent jamais de leur mère entre eux et ils n’en parlent pas à leurs enfants qui n’en parlent pas à leurs petits-enfants. “C’était un nom qu’on ne prononçait pas. Maman, c’était un non-sujet. Tu peux enregistrer ça. Maman, c’était un non-sujet.”
"Mon vrai nom est Élisabeth" est un premier livre poignant à la lisière de différents genres : l’enquête familiale, le récit de soi, le road-trip, l’essai. À travers la voix de la narratrice, les archives et les entretiens, se déploient différentes histoires, celles du poids de l’hérédité, des violences faites aux femmes, de la psychiatrie du XXe siècle, d’une famille nombreuse et bourgeoise renfermant son lot de secrets.
Dealer : Bibliothèque de Sibiril (29)
Ma lecture :
Betsy était folle, on n'en parlait pas, c'était "un non-sujet".
Betsy, c'est l'arrière-grand-mère de la narratrice. L'arrière-grand-mère dont on ne parle pas. Elle a été diagnostiquée schizophrène dans les années cinquante et internée pendant 17 ans. C'est le secret de la famille. Secret qui pourrait en cacher d'autres, d'ailleurs.
Craignant l'hérédité de la folie, la narratrice, chercheuse, va mener une enquête familiale.
Entre l'enquête familiale donc, et la recherche universitaire sur le traitement de la folie au milieu du XXème siècle, l'autrice livre un récit passionnant. A travers l'histoire de Betsy, j'en ai appris beaucoup plus sur les hôpitaux psychiatriques, les traitements médicamenteux et surtout physiques comme la lobotomie, les bains d'eau froide, ... Pour avoir lu des romans sur le sujet, je me rends compte qu'il m'intéresse et Adèle Yon écrit l'histoire de la psychiatrie. De ces médecins prêts à tout pour obtenir des résultats plus que des guérisons, de ces femmes souvent diagnostiquées à tort, du manque de suivis, des abus expérimentaux, ... L'autrice a voyagé d'hôpitaux en archives pour éclairer les zones d'ombres de cette aïeule un peu honteuse de la famille. Honteuse parce qu'on cache la folie dans les asiles, et honteuse parce que la folie peut se transmettre dans les gènes. D'où vient la folie ? Et où s'échappe-t-elle ? Plus concrètement, qui hérite des silences ?
J'ai beaucoup aimé cette lecture, entre enquête familiale et essai qui lève le voile sur la psychiatrie des années 50. Derrière les portes des asiles se jouaient des destins fascinants. Des femmes étaient enfermées par leurs maris ou leurs pères, faute de docilité conjugale. Des médecins peu scrupuleux se livraient à d'étonnantes expériences.
Un témoignage bouleversant et extrêmement bien documenté sur la folie du monde : les internés et les internants...

Avis des lecteurs:
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