mercredi 14 janvier 2026

D'entre les pierres

D'entre les pierres,

David Lelait-Helo,
Ed. Anne Carrière, 2014


Mot de l'éditeur :

" Les murs ont des oreilles, il faudra vous y faire. Vous l'avez souvent dit, sans jamais y croire. Car vous ne le vouliez pas, mais je vous place aujourd'hui au pied du mur, excusez le jeu de mots, je suis blagueuse [...] Ah, si les murs pouvaient parler ! Je vous le dis, ils parlent. Mes parquets grincent en mille bavardages, mes boiseries craquent en petits cris et, en dépit de mon grand âge, mes fenêtres voient loin, au-delà du temps qui passe et par-delà les siècles. L'Histoire ne s'écrit pas dans les livres, elle se respire. À l'encre et au papier, elle préfère le vent et le sang. " 

Une très ancienne maison de Buenos Aires prend la parole qu'on ne lui avait jamais donnée. À l'heure d'être détruite, elle révèle ce qu'elle a vu et gardé trop longtemps secret : le drame de Soledad Salvador, la femme qui aura vécu entre ses murs plus de cinquante ans, un drame qu'elle a été impuissante à empêcher... Au fil de récits de vies, la maison, rescapée de temps révolus, évoque entre rêve et réalité la fondation de la ville cinq siècles plus tôt, l'immigration qui au xixe siècle a donné le jour à l'Argentine, le mythe Eva Peron, la dictature durant les années 1970. Ce roman traite du lien intime que nous entretenons avec notre décor et des secrets dont regorgent nos vies. Il est un voyage au cœur des mythologies argentines, une rêverie qui renferme de grandes leçons de vie, d'amour et de paix.


Dealer : Seconde main


Ma lecture :

Après mon coup de cœur infini pour C'était en mai un samedi, roman de David Lelait-Helo consacré à Dalida, j'avais peur de rompre le charme en lisant un autre roman. Mais non. D'entre les pierres est tout aussi époustouflant.  

L'idée originale, et qui m'a tout de suite plu, c'est ce narrateur particulier. C'est un narrateur personnage, qui s'exprime donc à la première personne. Et ce personnage est une maison de Buenos Aires, de la Calle del Primer Dia. Une maison ! Et si l'on assiste à sa construction, ainsi qu'à celle de la capitale argentine vers les 1530, la maison se focalise sur une de ses habitantes emblématiques au nom, déjà, romanesque, Soledad Salvador. Nous voilà dans les années 1950 où la jeune Soledad, enceinte, quitte sa campagne et sa famille pour rejoindre la capitale argentine. Juan Péron est au pouvoir, et Evita dans tous les cœurs. Dans cette Argentine en ébullition, Soledad tombe sur cette maison abandonnée voilà des décennies. Et cette maison, lassée d'être fermée, aperçoit l'envie de Soledad Salvador. C'est un coup de foudre. Maison et jeune fille vont renaître de leurs cendres. Un enfant finit ainsi par naître, Elena. La vie s'installe dans la maison, avec passion et rires. Entre les pierres de la maison et dans le cœur de Soledad Salvador, c'est aussi l'histoire d'un pays qui s'anime, qui s'enflamme. Les années passent, les destins se forgent ou se brisent. On pleure les disparus de la dictature...

J'aime beaucoup les romans autour des maisons, mais celui-là, madre de dios, quel chef d'œuvre ! J'ai adoré le prisme de la maison, témoin de l'Histoire, gardienne des secrets, et à la fois impuissante des drames qui se jouent entre ses murs. Le personnage de Soledad Salvador est magnifique, elle traverse, elle aussi l'Histoire, sans même s'en rendre compte mais en payant les pots cassés. Que dire de la plume de l'auteur ? Juste, envoutante, poétique, merveilleuse ! David Lelait-Helo murmure des secrets dont il faut attendre les dernières pages pour les voir éclater au grand jour, jusqu'à cette fin, elle aussi merveilleuse.

Un coup de cœur, assurément !


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