mercredi 22 avril 2026

Le barbier et le nazi

Le barbier et le nazi,

Edgar Hilsenrath,
Ed. Attila, 2010
(Première publication américaine : 1971)


Mot de l'éditeur :

C'est mon histoire. Moi, Itzig Finkelstein alias Max Schulz, fils bâtard mais aryen pure souche, génocidaire nazi reconverti. En Juif, plus précisément. Une métamorphose. Un SS devenu barbier, en Israël ! Et sioniste fanatique par-dessus le marché. Ouais, installé en Terre promise comme chez moi, combattant pour la liberté du peuple élu. Voilà l'affaire. Mais laissez-moi vous raconter en détail.


Ma lecture :

L’histoire folle d’un bourreau nazi reconverti en barbier juif pour sauver sa peau. 

J’avais découvert Edgar Hilsenrath avec son roman déjanté Fuck America. Il y abordait les ghettos juifs dans l’Amérique des années 30 à 50, avec un ton acerbe et dérangeant qui m’avait autant surprise que séduite.

Avec Le Nazi et le barbier, changement de décor : nous voilà plongés dans une Allemagne en pleine nazification. Max Schulz est un enfant misérable, élevé par une mère énorme qui « ressemblait à un tonneau de bière monté sur échasses », dans une cave éclairée par un simple soupirail. De père, il n’en a pas,  trop d’hommes défilent dans le lit maternel pour qu’un seul puisse être désigné.

Son ami et voisin, Itzig Finkelstein, est tout l’inverse : fils d’un coiffeur respecté, intégré… et juif. Max devient même son apprenti. Mais lorsque Adolf Hitler accède au pouvoir, tout bascule. Max rejoint les rangs nazis, embrasse l’antisémitisme et, dans les années 40, devient un bourreau, un génocidaire. Itzig, lui, est déporté. Un mort parmi six millions. Max, dans une effroyable banalité, en aura tué des milliers, souvent dans une hilarité glaçante.

En 1945, avec la libération des camps et la traque des criminels nazis, Max est acculé. Pour échapper à la justice, il commet l’impensable : il usurpe l’identité de son ami assassiné, Itzig Finkelstein. Le bourreau devient victime. Il va jusqu’à se faire tatouer un numéro sur le bras, émigre en Palestine et participe à la construction de l’État d’Israël. Là-bas, il ouvre un salon de coiffure et devient un membre respecté de la communauté juive.

Mais peut-on vraiment échapper à son passé ? Une telle imposture peut-elle tenir toute une vie ?

J’aime beaucoup l’écriture de Hilsenrath et son humour noir, tranchant comme une lame. Max Schulz est un personnage ignoble, lâche, sans dignité ni humanité. Un anti-héros absolu. Il enchaîne les situations absurdes et sordides, et pourtant, derrière le grotesque et le cynisme extrême, le roman ouvre des réflexions profondes, dérangeantes, parfois inconfortables.

Un roman percutant, provocateur, écrit dans les années 70, et qui a encore un sacré écho aujourd'hui.

Avis des lecteurs:

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