Un conte de fées,
Karine Reysset,Ed. Flammarion, 2026
Mot de l'éditeur :
« C’est une histoire d’engrenage et de prédation. Une histoire d’amour, d’amour-poison, toxique, d’une jeune femme qui se brûle les ailes, se cogne contre les barreaux de sa prison dorée. »
Il était une fois une jeune orpheline nommée Aurore, étudiante brillante tombée sous le charme puis sous l’emprise de son professeur de lettres. Lorsque Aurore ouvre les yeux, il est déjà trop tard. Elle est devenue mère et se retrouve barricadée dans une immense maison perdue au milieu de nulle part. Mais comment partir ? Et pour aller où ?
Karine Reysset raconte la vulnérabilité et le combat d’une femme pour se sauver sans perdre ses enfants. En donnant voix à son héroïne, elle dissèque un à un les mécanismes d’une emprise mortifère.
Dealer : SP de Karine Reysset (encore merci !)
Ma lecture :
Un conte de fées, un roman où les ogres portent des cravates et où les fées ont brûlé leurs ailes...
C'est toujours une immense joie et un immense honneur de recevoir un nouveau roman de Karine Reysset. Si elle a l'habitude de triturer des thèmes autobiographiques dans ses fictions, elle porte ici une plume engagée et livre un roman magistral.
La narratrice du roman est Aurore, jeune étudiante en lettres. Elle vient d'un milieu modeste, est orpheline et vit chez sa grand-mère. L'un de ses professeur, M. Bataille, la remarque. Il la pousse dans ses études, lui conseille lectures et méthodes, la félicite. La séduit. Et un jour, c'est elle qui l'embrasse. Ce baiser est le pas de trop. Le pas qui la condamnera.
Le séduisant et manipulateur M. Bataille lui offre robes, week-ends dans les capitales européennes, poèmes. La jeune fille est enivrée. L'emprise, insidieusement, s'installe. La proie est facile. Le bourreau bien rodé.
Il était une fois, un riche roi et une jolie princesse. Ils eurent des enfants. Un, deux, trois. Ils vécurent dans un château doré. Non. Pas de château doré, mais une prison de verre, où ladite princesse n'a ni connexion internet, ni ordinateur pour terminer sa thèse, ni téléphone. Ses liens avec l'extérieur, uns à uns sont rompus. Le roi continue de lui offrir des merveilles. Merveilles en toc. Bientôt viols, coups, et manipulations sont quotidiens. Presque ordinaires. La princesse devrait fuir. Et les enfants ?
J'ai beaucoup aimé ce roman, que je trouve le plus réussi de Karine Reysset, dans la structure et l'écriture. Le rythme est haletant, la plume hachée ponctuée de ritournelles. Embarqué dans le Je de la narratrice, le lecteur, est lui aussi, sous cette emprise, presque acteur de ce journal de bord. L'ambiance est oppressante. Ce roman se lit presque comme un étau qui se resserre. On avance avec Aurore, impuissant, pris dans la même toile.
Cette plume militante de Karine Reysset suit son implication au sein du collectif 125 avec qui elle a participé à un recueil de nouvelles donnant la parole à des femmes mortes sous les coups de leurs compagnons. Ce roman est donc un véritable accomplissement de cet engagement.
Un roman nécessaire, qui rappelle que les ogres ne vivent pas que dans les contes, mais bien parmi nous.

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